Cinéma / “Werewolf“ de Ashley McKenzie

23 mars 2017

Addiction  - Cinéma / “Werewolf“ de Ashley McKenzie

Affiche

 

Très peu de discours superflus dans ce long-métrage d’Ashley McKenzie, d’une durée d’à peine 1h18, sorti sur les écrans le 22 mars. Juste de quoi nous embarquer dans une fiction sans blabla ni mélodrame. La réalisatrice canadienne a filmé dans son île de naissance, l’île de Cap-Breton, et donne vie dans ce film à un jeune couple en marge, inspiré d’un couple de crackers croisé quelques années plus tôt dans sa ville natale. Dans ce récit Blaise et Vanessa sont jeunes. Nessa a moins de vingt ans. Blaise est certainement plus âgé, mais a moins de la trentaine. On nous laisse penser qu’ils ont peut-être eu une fille ensemble mais qu’ils ne peuvent plus l‘approcher, probablement depuis qu’ils sont confrontés à leur addiction aux opiacés. Les deux amoureux sont accrochés l’un à l’autre, affectivement et financièrement. Ils survivent dans un camping-car abandonné dans les bois, et suivent un programme de sevrage à la méthadone. Ils se rendent tous les jours à la pharmacie pour boire leur dose de sirop contenu dans un flacon standardisé.

Physiquement et psychologiquement, Nessa semble mieux vivre son sevrage que Blaise. Lui est plus fatigué, plus à cran et semble plus fragile. Le couple gagne quelques sous en sonnant à la porte d’entrée des maisons du coin pour proposer de tondre la pelouse en échange de quelques dollars. L’objectif qui les tient en vie : se stabiliser et partir, partir loin. Mais pour y arriver, et être sûr de pouvoir poursuivre leur sevrage à la méthadone ailleurs, ils doivent rembourser la somme de 150 dollars qu’ils doivent au programme.

Nessa réussit à trouver un travail et à bénéficier d’une prescription de méthadone plus confortable que celle de Blaise car elle peut désormais garder sous clé quelques flacons à la maison. Mais le jeune homme va se servir dans le dos de Vanessa, qui finit par s’éloigner de lui…

Ashley McKenzie reste ici collée de ses protagonistes, qu’elle filme souvent en gros plan pour s’en approcher au plus près, en laissant hors champs, ou presque, les soignants, pharmaciens ou amis. Elle se concentre sur le couple et la chronique de ces jours qui se suivent et se ressemblent. Même si la “galère“ est au rendez-vous, l’univers n’est pas si sombre, et beaucoup plus apaisé que ce que laisse penser le titre du film et les problématiques en jeu. L’image est dans des tons ouatés, en accord avec la couleur de la peau si blanche de Blaise et Nessa. Le loup-garou pourrait être Blaise nous dit la réalisatrice, transformé par son addiction, son manque, traversé par ses pensées suicidaires, Blaise dont Nessa ne peut pas se séparer même s’il met en péril son sevrage et qu’il ne l’épargne pas. La co-dépendance de la jeune femme semble une fatalité, même si une soignante essaie de la mettre en garde contre l’impact négatif que cela peut avoir dans sa reconstruction à venir.

Malgré la surdose dont est victime Blaise, et le rapport difficile à une prescription vécue comme une contrainte, la substitution à la méthadone est présentée sous un jour assez favorable. Elle permet, au moins à Vanessa, de se stabiliser et de reprendre une activité professionnelle pour se reconstruire petit à petit, avec toujours dans un coin de sa mémoire sa vie de couple avec Blaise…

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