» retour

Essai / “Comment l’alcool détruit la jeunesse“ du Pr Amine Benyamina et Marie-Pierre Samitier

 

Le titre de cet ouvrage, un peu radical même s’il fait le constat des dégâts potentiels de l’alcool sur la jeunesse, ne reflète qu’en partie son contenu. L’ouvrage est sous-titré “La responsabilité des lobbies et des politiques“, ce qui complète parfaitement la problématique posée ici, à savoir l’impact des lobbies des alcooliers sur des politiques publiques de lutte contre l’alcoolisation massive des jeunes ou moins jeunes.

Le binge drinking ou “beuverie express“, à savoir l’alcoolisation ponctuelle intensive (API) d’alcool, c’est à dire l’absorbation de plus de cinq unités en une même occasion, est donc mis en avant dans une première partie. Cette pratique en vogue depuis quelques années préoccupe aussi bien les parents qui récupèrent leur enfant dans un sale état après une soirée bien trop arrosée, que les professionnels qui les accueillent aux urgences des hôpitaux ou dans leurs consultations. Il s’agit donc dans cette première partie de nous faire comprendre les raisons d’un tel niveau usage, témoignages à l’appui, et de nous expliquer les risques sanitaires que cette consommation implique à court, moyen et long terme pour des jeunes usagers dont le cerveau encore en construction prend de plein fouet la charge psychoactive de l’éthanol, avec un impact cérébral loin d’être négligeable.

Dans une deuxième partie, les deux auteurs : Amine Benyamina, chef de service de psychiatrie et d’addictologie de l’Hôpital Paul Brousse et Marie-Pierre Samitier, journaliste à France Télévisions, nous expliquent “comment les lobbies de l’alcool font boire les jeunes “ à un âge où, qu’on le veuille ou non, l’influence des pairs est associée à celle des campagnes publicitaires agressives mais malines. Il s’agit de décrypter ici les stratégies des alcooliers pour comprendre le poids des lobbies sur le vote des lois de santé publique dont l’impact sur la jeunesse ne peut être considérée comme anodin, puisque ces jeunes constituent leur cible prioritaire à n’en pas douter… Dans un premier temps sont décrits toutes les méthodes utilisées en sous-main pour se débarrasser ou du moins affaiblir une loi de santé protectrice, à savoir la loi Evin… Dans un deuxième temps sont analysées toutes les actions mises en œuvre pour inciter les jeunes à boire de l’alcool (en prétendant ne pas le faire), à savoir la mise en vente de produits dédiés aux jeunes adolescents, les actions de promotions spécialement conçues pour les jeunes adultes, une publicité habilement suggestive, l’utilisation d’événements sportifs ou culturels, l’investissement d’internet et des réseaux sociaux, les contenus de presse sans complexe, et une éducation au goût dès le plus jeune âge… Dans un dernier temps sont mis en lumière tous les arguments fallacieux mis en avant par les alcooliers pour neutraliser le discours des professionnels de santé, à coup d’études scientifiques orientées, de messages de modération qui insidieusement invitent à la consommation, de discours sur l’identité culturelle qui, même si elle repose sur un fond de vérité, ne peut justifier un laxisme en matière de libéralisation de la publicité, libéralisation qui ne peut en aucun cas aller dans le sens d’une protection sanitaire responsable. “La santé de nos enfants est aussi notre affaire à tous, en tant que parents et citoyens. La culture du vin est une affaire de transmission et d’héritage. La culture de la santé également…“ A bon entendeur salut !

  • Partager l'article sur

A consulter aussi


Vidéo

ALCOOL / Risky drinking, un documentaire de HBO sur les dangers de l’alcool

Ce documentaire d'HBO met en scène plusieurs formes de consommation et de dépendance à l'alcool, on y trouve des "social drinkers", habitués à boire chaque semaine mais aussi des personnes souffrant d'alcoolisme chronique. L'idée étant de montrer que même des consommations qui s'apparentent comme sans danger peuvent mener à une dépendance plus grave et à des problèmes familiaux et de santé.


Le 20 Déc 16
Actualité

Autorisation par l’ARS Occitanie du nouveau programme d’éducation thérapeutique du patient (ETP) « D’ose ta vie » élaboré et proposé par le CSAPA ANPAA dans l’Hérault

Après le programme d’ETP Choizitaconso© du CSAPA ANPAA dans le Vaucluse autorisé par l’ARS PACA en 2016, le programme d’ETP « D’ose ta vie » du CSAPA ANPAA à Montpellier vient d’être autorisé par l’ARS Occitanie. Ces deux programmes s’appuient sur une approche en prévention des risques et réduction des dommages liés à l’alcool.


Le 13 Juin 17
ANPAA