Essai / “Meyer Lansky le cerveau de la mafia“ de Robert Lacey

5 avril 2018

Addiction  - Essai / “Meyer Lansky le cerveau de la mafia“  de Robert Lacey

 

Il est des gangsters d’envergure qui ont tracé leur route dans le business clandestin sans que les autorités réussissent à établir la preuve de leur culpabilité. Meyer Lansky fait partie de ceux-là. Il est mort en 1983 à l’âge de quatre vingt ans sans avoir fait le moindre séjour en prison. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir tout fait pour être en position d’y avoir droit. Meyer Lansky ne fait pas partie non plus des grands mafieux qui ont laissé une trace mythique dans l’imagerie collective de la mafia, au contraire d’Al Capone dont la personnalité a fait l’objet de nombreux ouvrages, documentaires et longs métrages. Cet homme de petite taille, né au début du XXème siècle, a pourtant marqué son époque et sa “profession“ pour son savoir-faire et son intelligence du business. S’il a été surnommé “Le cerveau de la mafia“ c’est qu’il s’est distingué par sa ruse plus que par sa violence. « Capone représente la violence traditionnelle du crime urbain – la mitraillette dans l’étui à violon, la menace comme partie intégrante de la personnalité de gangster. Meyer Lansky, lui, incarne l’intelligence, le raffinement, l’argent facile, l’habileté avant tout. », nous dit l’auteur de cet essai.

Robert Lacey est historien et journaliste américain. Il nous raconte ici l’épopée d’un homme qui s’est fait tout seul comme on dit. Il n’a bénéficié d’aucun héritage familial dans ce milieu pour ce faire une place, et n’en laissera d’ailleurs aucun à ses descendants qui traceront une autre route.

Meyer Lansky est né dans l’empire russe en 1902 (même s’il est difficile d’établir sa véritable année de naissance), à Grodno (situé actuellement en Biélorussie), sous le nom de Maier Suchowljansky. Sa famille, juive, a émigré à New York, pour fuir les pogroms, quand il avait une dizaine d’années. Adolescent, sa rencontre avec un certain Bugsy Siegel, conditionnera la suite d’une carrière passée dans les activités clandestines. Avant la prohibition, les deux jeunes garçons devinrent amis et partenaires dans un gang composés de jeunes membres de la communauté juive newyorkaise, gang en opposition avec les gangs irlandais et italiens. La rencontre avec Lucky Luciano, membre éminent de la mafia italienne, se fera à cette période, et une collaboration naitra, qui se développera pendant la prohibition. Cette période, caractérisée par un trafic illégal particulièrement lucratif d’alcool, fera les beaux jours et la fortune de Meyer Lansky (toujours accompagné de son grand complice Bugsy Siegel) qui avait commencé à travailler dans l’équipe de bootleggers du fameux Arnold Rothstein, grand bookmaker et financier de la pègre.

Mais 1933 vu la fin de la prohibition. Pendant un temps, les taxes sur l’alcool étant particulièrement élevées, la contrebande se poursuivra. Lansky profita encore un peu de cette manne financière avant de revenir à ses amours de jeunesse, le craps, et le jeu clandestin. Il investit beaucoup d’argent et d’énergie dans le secteur du jeu, et fit construire de nombreux casinos. L’expérience malheureuse de Capone arrêté pour fraude fiscale, poussa Lansky à transférer ses avoirs sur des comptes étrangers. Il avait compris que s’il voulait vivre heureux et tranquille, il fallait cacher son argent.

Son ambition de construire un empire mondial du jeu butta sur Cuba où Fidel Castro, en 1960 nationalisa les hôtel-casinos et déclara le jeu illégal. Après avoir tenté, en vain, de finir sa carrière et sa vie en Israël, pays qui ne l’accepta pas, retour à la case départ avec la poursuite de son business du jeu aux Etats-Unis, à une moindre échelle, et un investissement dans le trafic d’héroïne à la grande époque de la French Connection.

Bien entendu, Robert Lacey, l’auteur de cette biographie, ne s’arrête pas à la grande histoire, et à cette particularité de Meyer Lansky qui a su faire preuve de beaucoup d’audace pour mettre en place ce que l’on peut considérer comme le début du blanchiment d’argent, en se mettant dans la poche des dirigeants et des banquiers. Il sait aussi raconter l’intimité d’un père de famille confronté aux difficultés de l’existence, et celle d’un homme qui tente très jeune d’échapper à un milieu modeste, et à une destinée familiale qui lui semble morose. Une constante dans le milieu du gangstérisme…

En savoir plus