“Le livreur de cocaïne“ Un documentaire sonore en 2 épisodes de Merry Royer

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Addiction Autres drogues - “Le livreur de cocaïne“ Un documentaire sonore en 2 épisodes de Merry Royer

L’habit ne fait pas le moine, et derrière le chauffeur de scooter propre sur lui à qui Merry Royer, pour ARTE radio, donne la parole, se cache un livreur de cocaïne et de MDMA qui fait sa tournée tous les jours l’air de rien. Il se confie sur le fonctionnement de ces livraisons à domicile et sur le rapport qu’il entretient avec ses clients.

Elie a 25 ans et est livreur de cocaïne, mais aussi de MDMA, rien d’autre. « Il est vendeur de stupéfiants », comme il se qualifie simplement. C’est le dernier maillon de la chaîne du business, celui qui fait que le produit arrive à destination et que l’argent est réceptionné. C’est de sa responsabilité. C’est « le dernier point de passage de la drogue à la narine du client, il se doit d’être irréprochable. » Le produit, du moins la cocaïne, il le connaît pour l’avoir déjà réceptionné en brique d’un kilo (achetée entre 28 et 33 000 euros) puis détaillée en dose de 1 gramme, car vendue au détail au client à ce poids. La cocaïne qu’il vend est pure à 89% d’après ce qu’il affirme, et n’est pas du tout coupée entre sa réception et sa vente. Elle est vendu 70 euros le gramme… Elie n’a jamais consommé le produit qu’il vend. Ca ne l’intéresse pas du tout visiblement. L’usage de coke ou de MDMA, ce n’est pas pour lui… 

Sur les 70 euros le gramme que le client versera au livreur, ce dernier récupérera 10 euros, ou éventuellement 20 si le lieu de livraison est éloigné. A la fin d’une journée d’une douzaine d’heures, de 12h-14h à minuit-1h du mat en gros, Elie gagne entre 150 et 200 euros. Il tient le rythme 7 jours sur 7… Ses clients, ce n’est pas lui qui les choisit. Tout passe par une seule personne qui réceptionne les demandes des clients et redistribue aux livreurs. On appelle le lieu d’appel la “cabine“. Le client ne peut pas joindre le livreur ou le patron. Il n’a affaire qu’à la “cabine“. Les contacts entre livreurs et clients sont donc réduits au minimum, bonjour, au revoir, voici les sous, voici la marchandise, point barre… Le regard qu’Elie pose sur ces clients, est parfois condescendant, surtout sur ceux qu’il qualifie d’accro, sur la base de critères qui sont la quantité achetée, le niveau d’impatience, l’allure vestimentaire ou du lieu de vie. Il y a les étudiants et les actifs qui ont besoin de leur cocaïne pour travailler, les mères de famille esseulées, les clients normaux, et les clients “barrés“, tous types de milieux sociaux, ceux qui dépenseront un ou deux grammes à l’occasion, et ceux qui consomment cinq grammes par jour. Il parle de ses clients comme d’une cour des miracles… Mais Elie fait son job, encaisse les sous, en faisant abstraction de tout ça… Il est tout de même une variable incontournable, et qui compte pour Elie dans ce business, ce sont les prises de risque, et chaque livraison de plus est vécue comme une nouvelle prise de risque… C’est la sécurité qui prime alors. Si le livreur ne le sent pas, il peut annuler la vente. Son boss ne lui en tiendra pas rigueur…

Alors, comme pour les usages, pas de raison que les dealers ne développent pas une forme de réduction des risques dont certains sont inhérents à l’illégalité du business. Alors Elie prend toutes les mesures nécessaires pour limiter ces fameux risques, qui se résument globalement à une arrestation par les forces de police et une potentielle condamnation à venir. Quand il est sur la route, il essaie de faire abstraction de tout ça car il veut pouvoir évacuer tout son stress pour bien travailler. Il ressent plus la peur quand il va se coucher, à cause des potentielles perquisitions, que pendant la journée sur son scooter. Il s’habille comme Monsieur tout le monde, ou du moins comme tout jeune actif, tenue correcte exigée, scooter qui ressemble à quelque chose,… En résumé : ne pas se faire remarquer, surtout pas. Opération camouflage… Elie gagne en moyenne 4 000 euros par mois. Mais même s’il avoue « arriver à joindre les deux bouts mine de rien », ce n’est pas autant d’argent qu’il arrive à se mettre de côté depuis qu’il exerce son activité, c’est-à-dire depuis quatre ans. 12 000 euros, c’est le matelas dont il dispose mais qui ne lui permettront pas de changer de vie, simplement de subvenir à un coup dur éventuel…

De sa vie en dehors du travail, et de son parcours avant d’en être venu à rentrer dans ce secteur, on ne saura pas grand-chose. Seulement qu’il a déjà eu l’occasion avant ça de faire des petits boulots légaux, mais aussi qu’il doit soutenir financièrement sa mère… Une vie et un parcours de jeune homme dealer, ça ne s’apprécie pas qu’au regard de la pratique d’une activité illégale souvent bien entendu montrée du doigt et diabolisée puisque la morale s’est emparée de l’affaire assez vite on le sait bien… 

Thibault de Vivies 

(Cet article est la version courte d’un article paru dans la revue DOPAMINE.)

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