Le petit rouge d'un cinéma en noir et blanc

Dossier central - N°19 de la revue DOPAMINE

Alcool
Addiction Alcool - Le petit rouge d'un cinéma en noir et blanc

Non seulement l’alcool n’a pas attendu le cinéma parlant pour apparaître à l’écran, mais son passage sur pellicule n’a jamais eu besoin de sa couleur pour être reconnu. La forme du contenant et surtout les effets présentés de l’absorption de telle ou telle potion, suffisent à faire comprendre aux spectateurs ce que le personnage a bu, et sans que le mot “alcool“ n’ait nécessairement besoin d’être prononcé… Le petit rouge d’un cinéma en noir et blanc, pourrait tout aussi bien être blanc, rosé, ocre, ou même transparent, tant l’alcool sait lever ses plus belles couleurs pour se faire désirer et glorifier son consommateur. Mais il est vrai que le verre de vin rouge est l’un de ceux qui ont su le plus s’imposer sur grand écran… 

Dans le dossier central de ce numéro de DOPAMINE, le petit rouge n’est pas seulement celui qui se laisse boire à l’occasion, mais celui qui s’incruste, accompagné souvent de ses compères, autres boissons alcooliques qui se présentent au détour d’un comptoir de bar ou d’un salon cosy… Ici, l’alcool est l’un des personnages principaux des oeuvres présentées, cinq films qui ont fait parler d’eux en leur temps, non seulement parce que ce sont des oeuvres de qualité, mais aussi parce qu’ils font partie des premiers à traiter aussi sérieusement d’une relation des usagers à l’alcool compliquée sur la durée, et non pas seulement occasionnellement. L’alcoolodépendance est l’une des thématiques centrales de ces cinq films et celle qui fait le lien entre eux. Du Poison de 1945 au Qui a peur de Virginia Woolf de 1966, en passant par Le Singe en hiver de 1962, Le jour du vin et des roses de la même année et Le feu follet de 1963, peu de choses ont changé sur le front de ce qu’on appelait l’ivrognerie ou l’alcoolisme, sans que les mots soient prononcés facilement, que ce soit du côté américain ou du côté français… Ces cinq films explorent les différentes étapes de l’usage et du sevrage, ou de l’entre-deux, en insistant plus ou moins sur l’un ou l’autre. De l’alcoolisation massive, en solitaire, à deux, trois ou quatre, à l’abstinence pure et dure, en passant par le craving, la gestion des douleurs dues au manque, l’accompagnement et le soin, rien n’échappe, sur l’ensemble des cinq œuvres, à la vigilance de scénaristes et réalisateurs qui entrent, à leur manière, de pleins pieds dans la problématique des troubles liés à l’usage d’alcool. Ils s’emparent du sujet à bras-le-corps, appuient là où ça fait mal, et tentent, avec sincérité et vérité, de nous raconter comment leurs personnages, usagers de fiction, se démènent avec leurs préoccupations, leurs états d’âme, leurs émotions, et leurs rapports aux autres, ou se dépatouillent de leurs addictions et problèmes existentiels… Du côté des spectateurs, l’empathie et la compassion sont souvent au rendez-vous, sans que l’ambiance soit nécessairement mortifère, bien heureusement.  

Il ne s’agit pas, dans les visites que nous proposons de ces cinq œuvres cinématographiques, de critiquer ces dernières, en bien ou en mal, mais plutôt de plonger au cœur même du récit pour raconter ce qui se vit et se joue chez les personnages, au risque de dévoiler l’entièreté de l’intrigue. Ces visites sont autant de lectures subjectives des films sans avoir la prétention d’en faire une analyse approfondie. Les présenter, les raconter, et les dépiauter, c’est un début, mais rien ne vaut leur visionnage. C’est du moins l’envie que nous cherchons à susciter chez le lecteur. A chacun après d’y trouver son compte de sensations, impressions, sentiments, analyses et critiques qui sont autant d’occasions de titiller ses connexions neuronales… 

Thibault de Vivies
(Ce texte est celui d’introduction du dossier central du numéro 19 de la revue DOPAMINE à paraître très prochainement)
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