Roman / Babylone Express de Mathilde-Marie de Malfilâtre

Autres drogues / 27 septembre 2018

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Addiction Autres drogues - Roman / Babylone Express de Mathilde-Marie de Malfilâtre

Ce roman, publié aux Editions Le Dilettante, ne fait pas dans la dentelle comme on dit. Il est possible qu’il ait été écrit sous un pseudonyme, mais se présente dans tout les cas comme un récit personnel écrit à la première personne.

Une jeune femme de bonne famille, lieutenante de gendarmerie, travaille dans le service de surveillance des éco-terroristes. Son travail ne lui déplait pas, mais l’environnement dans lequel elle évolue est loin de satisfaire ses appétits de non conformisme, et sa soif d’expérimentations psychotropes et sexuelles, l’une accompagnant souvent l’autre.

Elle fait la rencontre d’un certain Marco, descendant d’une famille aristocrate italienne, photographe, DJ et militant actif de la cause animale. Les deux amoureux se retrouvent sur deux passions : le “hard-sexe“, et l’usage de psychotropes que Marco a l’habitude de dealer. Leur objectif : lancer l’Opération Babylone, à savoir un trafic de stupéfiants à l’échelle européenne en fournissant leur réseau étendu de clubs en produits divers et variés, et surtout de bonne qualité.

Luna de Paris et Marco von Z., comme ils se font appeler, se lancent alors dans un périple qui va les mener de Marakech, à Amsterdam, en passant par Berlin. Ils commencent par un trafic de shit de “très bonne qualité“, à l’échelle d’un réseau d’amis initiés, et poursuivent par un trafic à plus grande échelle, qui rapporte beaucoup plus. La jeune femme a démissionné de son travail à la gendarmerie pour s’investir à temps plein dans le narco-business. La montée en puissance de l’Opération Babylone va alors aller de paire avec une augmentation de sa consommation de psychotropes, cannabis, MD, cocaïne, LSD et même opium…

« J’aime beaucoup les auteurs de la Beat Generation, d’ailleurs. Eux, ils avaient du taf, le sexe libre et les acides de la Madone. De quoi être béat, en effet. Nous on a le sida, le RSA et des profs de merde. On est la Shit Generation. » La jeune femme s’inscrit volontairement dans une époque de désillusions, mais en gardant en tête ce qu’elle pense être sa vocation, à savoir travailler dans le social et aider son prochain. Sa période de deal est pour elle purement transitoire. C’est peut-être tout simplement la porte de sortie idéale de son travail de fonctionnaire de la gendarmerie.

Ici, on sent bien qu’il s’agit de mettre en avant l’aspect potentiellement subversif des usages de psychotropes, au même titre que les pratiques intensives non conventionnelles de sexe décrites dans le roman. On essaie de “choquer le bourgeois“ avec des pratiques de consommation réservées ici à un milieu interlope festif branché qui n’a en effet rien à voir avec la Beat Generation.

Les récits de défonces festives sont écrits sans fausse pudeur, et les effets recherchés et vécus de chaque produit sont décrits avec précision. Les usages sont essentiellement rattachés à un contexte de consommation, et à un milieu. Les produits traversent les frontières sans grande difficulté, sont à disposition au quotidien ou au coup par coup, et circulent dans les milieux concernés comme des biens de grande consommation. On ne tergiverse pas pour expérimenter, tenter les usages à disposition dans l’instant, sans se préoccuper des lendemains difficiles. Il ne s’agit pas ici de réduire les risques, mais presque plutôt de les augmenter au besoin pour se sentir vivant et “dans le coup“…

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