Wir Kinder vom Bahnhof Zoo (Nous, les enfants du Bahnhof Zoo) Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée...

Une série télévisée en 8 épisodes de Annette Hess - Diffusion Amazone Prime

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Le titre allemand de cette série télévisée en huit épisodes, titre qui reprend celui du roman de Christiane Felscherinow, dont la série est inspirée, est sûrement bien plus juste que le titre français centré sur une seule personne. Cette histoire est en effet plurielle, et si les usages de drogues y sont présents, c’est qu’ils font le lien entre plusieurs personnalités, ou personnages devrait-on dire, tant la fiction s’est installée dans le récit pour prendre un peu de distance avec des événements sordides et leur donner, curieusement, un peu de glamour…

La série fait tout de même la part belle à la très jeune narratrice centrale, Christiane, encore adolescente quand elle décide de confier son récit à deux journalistes allemands, Kai Hermann et Horst Rieck. La jeune fille, d’une quinzaine d’années dans la série, est une survivante. Elle a en effet failli mourir suite à une chute d’ascenseur de plusieurs étages. Elle vit chez ses parents, mais sait trouver les occasions de fuir la maison et l’ambiance familiale qui n’y est pas toujours des plus apaisée. A son âge, les rencontres et amitiés ont bien entendu leur importance et celles qu’elle fera conditionneront un avenir proche pas toujours aussi clinquant que la fréquentation de la boîte de nuit à la mode, le Sound, laisse entrevoir. La fin des années 70 à Berlin sont les années Bowie pour Christiane et ses amis, mais aussi les années speed, cannabis et héroïne qui circulent aussi bien au Sound où ils vont danser régulièrement qu’à la gare de Bahnhof Zoo, lieu abandonné aux trafics en tout genre et à la prostitution, même adolescente. Christiane, Alex, Babsi, Stella, Benno, et Michi sont entre l’adolescence et l’âge adulte mais voudraient grandir plus vite que la musique, et être déjà suffisamment indépendants pour se payer du bon temps sans rendre de compte à qui que ce soit. Les parcours familiaux de chacun et chacune ne sont pas simples et tranquilles, mais rien ne laisse penser que l’attachement et la compassion que le spectateur développera pour eux tout au long des huit épisodes sera essentiellement due au fait que ce ne sont encore finalement que des enfants, et que l’on espère que leurs rêves deviendront réalité sans que l’addiction à l’héroïne fasse partie de leur vie…

C’est Alex, peut-être le plus âgé et le seul à avoir son propre appartement et un travail, qui est le premier usager d’héroïne. Sa consommation est régulière mais reste récréative et semble relativement contrôlée. Elle ne l’empêche pas de travailler. Il sait ce qu’elle lui apporte et est prêt à partager son expérience avec ses amis les plus proches, à savoir Benno et Michi. Frileux dans les premiers temps, les deux jeunes s’y essaient finalement, en injection, mais perdront assez vite le contrôle de leur usage et d’une situation qui les oblige à se prostituer pour gagner l’argent nécessaire à acheter leur produit.

« Benno à Alex et Michi : Alors c’est comment l’héro ? Alex : Imagine que t’es dehors dans le froid, qu’on t’apporte une couverture et qu’on t’enveloppe dedans. Et là, tout à coup, tu te sens en sécurité. »

Les jeunes filles, presque des jeunes femmes, y viendront plus tard, mais sans plus de mesure. L’héroïne ne sera au rendez-vous que pour tenter de supporter un entourage dépassé ou défaillant, mais aussi par la suite pour évacuer les douleurs du manque. Les adultes sont bien là, dans les parages, mais peu ou trop regardant, et sauront à l’occasion profiter des besoins des adolescents pour encourager leurs usages. Les parents sont inexistants ou bien présents, mais n’ont souvent rien vu venir et accumulent les maladresses malgré leurs envies de bien faire et d’accompagner au mieux. Mais qui pourrait les blâmer quand un produit comme l’héroïne fait surface dans la vie de leur enfant si jeune, et qu’il véhicule à lui tout seul une imagerie terrible qui ajoute à ses dangers, bien réels, des décharges d’adrénaline, mais aussi une tristesse et une colère incontrôlables empêchant des réponses apaisées… La prostitution, plus ou moins affirmée, chez les filles comme chez les gars, sera vécue comme une nécessité, et les velléités des uns et des autres de se sortir de leur addiction seront sans cesse mises à l’épreuve des tentations, des déceptions sentimentales ou amicales, et des amours contrariés qui jalonnent leur parcours de vie…     

L’adaptation cinématographique du réalisateur Uli Edel, sortie sur les écrans en 1981, fidèle elle aussi au récit de Christiane Felscherinow, fera parler de lui pour sa noirceur, autant que l’autobiographie de Cristiane F., mais la tentative de Annette Hess, créatrice de la série, d’y amener un peu plus de romantisme, de rêve et de clinquant visuel, bute contre une réalité de l’usage, et les problématiques qui l’entourent qui en fera pâlir plus d’un… Le deuxième ouvrage de Christiane Felscherinow, “Moi, Christiane F. la vie malgré tout“, publié en 2013, sera peut-être le sujet de la deuxième saison de cette série. 

Thibault de Vivies
(Cet article sera publié dans le numéro 19 de la revue DOPAMINE – www.revuedopamine.fr)

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