Addiction au jeu : "au début, c’est un excellent médicament"

Jeux de hasard et d'argent / 14 mai 2018

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Parmi les Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) de France, celui de Villeurbanne est considéré comme centre de référence depuis 2013. Yann Calandras, psychologue, y travaille depuis 10 ans. “En 2017, le centre a reçu 650 patients, et en 2016 ils étaient 700. La fréquentation a beaucoup augmenté ces dernières années, elle a doublé depuis que je suis arrivé, estime-t-il. Au total, 50 % des patients du centre de soin sont suivis pour une addiction à l’alcool, 25 % pour le cannabis, et 10 % concernant une addiction au jeu”.

Comment fonctionne le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de Villeurbanne ?

Le CSAPA est dirigé par l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie du Rhône (ANPAA 69), et financée par trois structures : le ministère de la Santé via la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) ; la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ; et l’Agence régionale de santé (ARS). Ce système permet de ne pas faire payer les patients, qui sont déjà dans des situations financières délicates, souvent très précaires. L’immense majorité vient d’elle-même ou poussée par des proches. Plus rarement, nous recevons aussi des patients en obligations de soins, suivis par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP).

Nous recevons un public varié, jeunes comme moins jeunes, hommes comme femmes. Il se dégage naturellement une forme de sociologie du jeu. Les personnes âgées jouent plutôt au casino, tandis que pour les jeunes hommes, c’est surtout les paris sportifs. Les hommes d’âges moyens préfèrent le PMU, et les femmes les jeux à gratter.

“L’addiction, peu importe laquelle commence toujours par être une béquille”

Comment entre-t-on dans l’addiction ?

Tout commence par l’initiation au jeu. L’addiction en général passe très souvent par membre de l’entourage. Au début, la pratique est surtout collective. C’est la poursuite addictive de l’usage qui devient ensuite solitaire. Dans chaque addiction, il y a un point de rupture, un avant et un après. Il peut s’agir d’une rupture traumatique, d’une maladie, d’une séparation amoureuse, etc. Par exemple, il arrive que des survivants de maladies ou des personnes vieillissantes se disent qu’ils n’ont pas assez profité de leur vie, et ils commencent à jouer.

Très souvent, tous les comportements addictifs sont issus du “big win”, un gros gain initial, qui motive ensuite l’ensemble du jeu. Il alimente les pensées permissives du joueur, qui s’autorise à continuer à jouer et à perdre. Mais au final, ces petites pertes finissent par supplanter le gain. Il y a aussi le phénomène de cognitions erronées, qui consiste à surestimer ses capacités, et à sous-estimer ses pertes. C’est la mémoire sélective du joueur. Face à ça, il faut leur faire prendre du recul. Par exemple, les patients peuvent tenir un journal de leurs pertes et de leurs gains.

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