Addictions : pousser la porte d’un CSAPA, c’est déjà commencer à reprendre le pouvoir sur sa santé, son rétablissement, sa vie

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Depuis 2007, les CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), instaurés par la loi du 2 janvier 2002, regroupent en France les structures auparavant dénommées CSST (Centres de soins spécialisés pour toxicomanes) et CCAA (Centres de cure ambulatoire en alcoologie), anciens dispositifs créés dans les années 70.


Structures pluridisciplinaires médico-sociales expertes, les CSAPA ont pour missions d’assurer des actions de prévention, de réduction des risques et d’accompagnement (parcours de soins médico-psycho-sociaux personnalisés). Et ce, pour toutes personnes, et leurs proches, qui ont des conduites à risque, des problématiques de consommation de substances psychoactives (alcool, cannabis, médicaments…), ou encore des dépendances comportementales (jeux d’argent et de hasard…).

Si l’OFDT décompte à ce jour pas moins de 500 CSAPA dans l’Hexagone, chaque centre est unique et s’adapte aux spécificités comme aux besoins de son territoire, de sa population. Un fil d’Ariane unit cependant ces structures : des consultations entièrement gratuites, anonymes et sans jugement. Écoute active, parcours de soins personnalisés, bienveillance et expertises ciblées, pousser la porte d’un CSAPA c’est pour les personnes vulnérables et malades, faire un pas vers leur rétablissement.

CSAPA : des lieux de soins de proximité, gratuits, anonymes et sans jugement

Un lieu sans honte : l’addiction est une maladie

« Ne jamais franchir la porte d’un CSAPA avec un sentiment de honte. Nous sommes là pour les personnes en difficulté avec leur addiction, et pour leur entourage » rassure Hervé Martini, médecin du travail addictologue, secrétaire général d’Addictions France. L’accueil y est bienveillant, anonyme et sans condition de passage préalable par un médecin.

Des lieux qui réunissent des équipes pluridisciplinaires aux expertises variées et spécifiques selon les centres (médecins, psychologues, infirmiers, éducateurs, travailleurs sociaux, diététiciens, pharmaciens, éducateurs sportifs…). « Le CSAPA est réellement un acteur de proximité qui propose au patient un projet personnalisé de soins médico-psycho-social, qui peut être coordonné avec le médecin traitant, l’hôpital ou encore des acteurs terrain de l’insertion, et ce, à destination de personnes qui sont parfois en situation de grande précarité. L’accompagnement proposé peut prendre des formes différentes, avoir des durées variées selon la situation de la personne qui vient consulter, son parcours et ses besoinsLe CSAPA est donc un maillon qui peut jouer un rôle à différents moments du parcours du patient. » complète Hervé Martini.

« Lieu où l’on vient quand les consommations prennent trop de place, quand elles deviennent envahissantes dans la vie de tous les jours et quand elles inquiètent » ajoute par ailleurs Stéphanie Vassas, directrice du CSAPA d’Avignon.

En 2026, ça ne doit plus être un tabou ! Il n’y a pas à se cacher, à avoir honte de sa maladie. Quand un patient souffre d’une autre pathologie, il n’en a pas honte. Il est nécessaire de déstigmatiser l’image que l’on a de l’addiction.

CSAPA, des spécificités variables selon les territoires

« On ne choisit pas les missions que nous souhaitons mener au sein d’un CSAPA, elles sont réglementaires. Pour autant, l’équipe a la main libre sur les spécificités qu’elle peut et souhaite proposer. Et c’est là où chaque CSAPA est très différent d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre » nous partage Stéphanie Vassas.

Ainsi au CSAPA d’Avignon où les 26 professionnels qui y travaillent prônent une conviction forte et assumée « Qui mieux que la personne elle-même sait ce qui est bien pour elle ? ». Pour eux les professionnels ne se placent jamais en posture de sachants, ils ne sont pas là pour décider à la place du patient, ni pour lui imposer leurs propres représentations. Leur rôle ? Se tenir à ses côtés dans une relation attentive et respectueuse de partenariat, où le soin se coconstruit au cœur d’une alliance thérapeutique. « Nous disposons d’un savoir universitaire, l’usager bénéficie d’un savoir expérientiel et nous apprenons beaucoup les uns des autres », souligne Stéphanie Vassas.

Parmi les spécificités notables du CSAPA d’Avignon, l’art comme levier thérapeutique : ouvrir des espaces d’expression, de créativité et de reconstruction pour les patients. Autre point différenciant : la consommation d’alcool autorisée dans les murs, mais de manière très encadrée. « Venir en soins en addictologie génère souvent du stress chez l’usager. Pour pallier ce ressenti, celui-ci consomme avant son rendez-vous, souvent de façon inappropriée. Résultats, quand il arrive en soins, il n’est pas toujours en état de pouvoir élaborer justement. Donner l’autorisation de rentrer en consultation face au médecin avec de l’alcool n’est pas un problème pour nous, cela évite les usages clandestins et leurs risques, cela permet aussi un apprentissage progressif de l’usager dans la gestion de sa consommation et offre aux professionnels un espace rare d’observation in vivo des usages réels » nous partage Stéphanie Vassas pour expliquer ce parti pris spécifique.

Un parcours de soins personnalisé : du 1er accueil à l’accompagnement surmesure

Accueillir, écouter, poser une évaluation multifactorielle, élaborer un diagnostic, donner des repères clairs, les CSAPA quelles que soient leurs spécificités, proposent toujours un parcours de soins sur mesure et spécifique à la problématique du patient, à son histoire de vie, à ses besoins. Autrement dit un plan d’accompagnement personnalisé, adapté à sa réalité médicale, psychologique et sociale.

Le 1er entretien : un temps pour tout poser

Dès son arrivée dans le CSAPA de sa ville, le patient est accueilli avec bienveillance, de façon inconditionnelle par un professionnel formé (selon les centres, cela peut être un médecin, un infirmier, un éducateur…). Cet entretien confidentiel et sans jugement (de 30 mn à 1 h) permet de réaliser un état des lieux de la situation, de partager besoins et objectifs et de poser les bases d’une alliance thérapeutique.

« On élabore un état des lieux psychologique et de santé : ‘Y a-t-il un syndrome dépressif, un trouble anxieux, d’autres pathologies ?… ‘. On va chercher les répercussions de l’addiction sur l’état de santé du patient : ‘dépister une hépatite, faire une sérologie VIH ou pas…’. On fait un bilan aussi de l’ensemble des addictions avec et sans produit (alcool, tabac, cocaïne, cannabis, jeux d’argent et de hasard, pornographie, achats compulsifs…). On propose aussi de réaliser un état des lieux sur le plan social : ‘Les droits de sécurité sociale sont-ils ouverts ? Le patient est-il en fin de droits ou pas ? …’. Et enfin, on évalue les rapports du patient avec son entourage familial et professionnel’ », nous explique plus en détail Hervé Martini.

Construire, ensemble, le plan de soins

De cet entretien, l’équipe du CSAPA pose un diagnostic et apporte des conseils éclairés sur les premières pistes possibles. En co-construction avec le patient, elle lui propose un parcours potentiel, des repères clairs et des soins sur mesure (la restitution des axes thérapeutiques élaborés en réunion clinique lui est présentée). Ce parcours peut être accepté, discuté, ajusté ou refusé par le patient. Rien n’est figé. « Voilà ce qui pourrait vous aider et comment on pourrait avancer ensemble. Le patient reste acteur de ses choix, car la décision de se soigner est une démarche qui lui appartient. Il reprend son pouvoir d’agir sur sa vie, sur son rétablissement ».

Le parcours de soins personnalisé s’enclenche ensuite, en individuel et/ou en groupes. Il peut être centré sur des soins psychologiques, médicaux, un accompagnement social, ou une combinaison des trois, sur des durées très variables selon le patient. Encore une fois, rien n’est posé de façon définitive, tout est évolutif, le parcours s’ajuste, se réévalue, s’adapte à l’histoire et aux besoins du patient.

« Notre ambition : ne pas faire entrer les patients dans un parcours standardisé, mais leur offrir la possibilité de s’inscrire dans des soins qui font sens pour eux, en cohérence avec leurs projets de vie. Si le rétablissement est central en CSAPA, il ne s’agit pas uniquement d’un objectif d’abstinence ou de réduction de consommation, mais d’un processus singulier, propre à chaque personne. Notre rôle : soutenir ce processus au rythme de la personne, en valorisant ses compétences, ses choix et ses expériences » précise Stéphanie Vassas.

À retenir

Concrètement, le parcours peut combiner :
– Des entretiens psychologiques individuels ou en groupe, pour travailler les émotions, les pensées, les comportements liés à l’addiction.
– Un suivi médical addictologique, avec éventuellement des traitements (substitution pour certains produits, traitements pour l’anxiété, la dépression, la douleur…).
– Un accompagnement social : ouverture de droits, aide dans les démarches administratives, soutien pour le logement, l’emploi, l’insertion ou la réinsertion.
– Des activités supports : groupes de parole, ateliers de pleine conscience, relaxation, sophrologie, marche santé, ateliers artistiques, bibliothèques partagées, temps conviviaux… autant d’espaces pour se reconstruire.

La place des proches : soutenir aussi celles et ceux qui accompagnent !

Les proches – famille, amis – ont également leur place au sein d’un CSAPA. Que la personne soit suivie ou non dans le centre, ils sont accueillis et peuvent, s’ils le souhaitent, bénéficier d’un soutien spécifique. Deux cas de figure se présentent fréquemment :

  • Le proche vient alors que la personne malade n’est pas suivie au CSAPA. Il consulte en tant qu’aidant, pour déposer ce qu’il vit, comprendre la maladie, trouver des repères sur ce qui est souhaitable de faire ou d’éviter (surveiller, contrôler, poser des limites, préserver ses propres espaces…). Cet accompagnement peut s’inscrire dans la durée, surtout lorsqu’il s’agit de parents de jeunes en difficulté.
  • Le proche et la personne malade sont suivis dans le même CSAPA. Chacun peut bénéficier de rendez-vous, parfois avec des professionnels différents. Le fait que les deux personnes sont suivies dans le centre est partagé, mais les échanges restent strictement soumis au secret professionnel : ce qui est dit dans un entretien n’est pas transmis à l’autre sans accord.

Recommandations : addiction à un produit, à un comportement… Vous n’êtes pas seul(e) pour vous rétablir ! Les CSAPA sont là pour vous accueillir !

Derrière chaque consommation, comportement à risque, chaque addiction, se niche une histoire singulière, une lassitude, des doutes, une quête de mieux-être, un besoin d’écoute, de soutien. Les CSAPA sont d’une aide précieuse, d’une part, pour chaque personne qui souffre d’une addiction (avec ou sans produit), qui ne sait pas vers qui se tourner et comment se sentir mieux. Mais aussi, pour chaque proche épuisé qui a besoin de comprendre et d’être accompagné. Pousser la porte d’un CSAPA, c’est faire un pas vers le mieux-être, vers plus de clarté, de soutien, pour reprendre une respiration et son pouvoir d’agir !

Gratuits, présents partout sur le territoire (500 en France), les CSAPA accueillent toutes les personnes en difficulté avec une conduite addictive (consommation de substances psychoactives licites ou illicites, addictions sans substance) et leur entourage.

Chacun(e) peut y :

-être écouté(e) sans tabou, sans jugement,

-faire le point sur sa consommation et les risques liés,

-trouver un accompagnement gratuit, anonyme, sur-mesure et évolutif afin de réduire, arrêter ou simplement mieux comprendre,

-être suivi(e) par une équipe pluridisciplinaire,

-pratiquer des activités supports réparatrices.

Quelques chiffres pour mieux comprendre les CSAPA

La majorité des patients (47 %) consultent un CSAPA de leur propre initiative et 8 % des patients seulement sont orientés vers un CSAPA par un médecin généraliste (source 2022- OFDT).

La consommation d’alcool est le premier motif de prise en charge : 50% des patients des CSAPA en 2022. Sur la même année, 17% des patients ont consulté pour leur consommation de cannabis, 22% pour une autre drogue illicite, 6% pour le tabagisme, 5% en raison d’une addiction sans substance (jeux d’argent et de hasard…). (source 2022- OFDT).

En bref : pourquoi pousser la porte d’un CSAPA ?

Pousser la porte d’un CSAPA en France, c’est :

  • accepter de ne plus rester seul(e) face à une consommation ou un comportement qui entraine des conséquences. Même si l’on ne sait pas encore jusqu’où on veut changer, c’est bénéficier d’un premier rendez-vous pour parler librement, poser des mots, des maux, sans être jugé(e).
  • bénéficier d’une évaluation globale de sa situation, sur le plan social et sanitaire (santé physique et mentale) par un ou des professionnels et d’un plan d’actions sur mesure, sans contrainte, à son rythme.
  • reprendre son pouvoir d’agir, en prenant conscience que quels que soient son âge, sa situation, ses besoins, il est toujours possible de se remettre en mouvement, de travailler à sa mesure sur sa vie, sa santé, ses émotions. Les CSAPA sont là pour soutenir le patient, sans pression, sans honte, avec l’ambition de lui rendre la possibilité de redevenir acteur de sa propre trajectoire.

Et les CSAPA sont aussi là pour aider les membres d’une famille, des amis, impactés par l’addiction d’un proche.

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