Introduction :
En août 2025, Addict’AIDE avait présenté l’étude du Pr Amandine Luquiens publiée dans Addiction montrant l’intérêt de psychothérapies assitées par des la psychédéliques chez des patients présentant un TUA et une comorbidité dépressive.
Les psychédéliques « classiques » agonistes des récepteurs de la sérotonine 2A montrent des résultats préliminaires prometteurs pour le traitement des troubles psychiatriques, y compris les addictions1. Des recherches plus anciennes ont mis en évidence des résultats encourageants pour le diéthylamide de l’acide lysergique dans le traitement des troubles liés à la consommation d’alcool et d’opioïdes.
Sur la base de ces données suggérant une efficacité anti-addictive des agonistes des récepteurs de la sérotonine 2A à travers plusieurs substances addictives, une étude pilote ouverte avait été menée il y a plus de 10 ans. Elle examinait l’utilisation de la psilocybine pour le sevrage tabagique4. Quinze participants avaient suivi une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) structurée pour l’arrêt du tabac et ont reçu jusqu’à trois administrations de psilocybine (20 à 30 mg/70 kg). Les taux d’abstinence ponctuelle sur 7 jours, vérifiés biologiquement, étaient de 80 %, 67 % et 60 % respectivement à 6, 12 et 30 mois après la date cible d’arrêt. Aucun événement indésirable grave attribuable à la psilocybine n’avait été observé.
Des données épidémiologiques suggèrent que l’usage de psychédéliques classiques pourrait être associé à une moindre consommation de tabac, et des recherches en conditions naturelles décrivent également un arrêt du tabac consécutif à leur utilisation5,6.
Ce document présente une étude clinique pilote randomisée comparant l’efficacité de la psilocybine, un traitement expérimental, à celle du patch de nicotine, un traitement établi, pour l’arrêt du tabac. Les deux groupes ont également suivi une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) standardisée.
Objectif :
Évaluer les taux d’abstinence prolongée et d’abstinence de 7 jours chez les fumeurs adultes après 6 mois de traitement.
Méthodologie :
- Participants : 82 fumeurs adultes en bonne santé mentale, âgés de 21 à 80 ans, ayant déjà tenté d’arrêter de fumer.
- Interventions :
- Groupe psilocybine : une dose unique de 30 mg/70 kg de psilocybine, accompagnée de 13 semaines de TCC.
- Groupe patch de nicotine : traitement standard de 8 à 10 semaines avec patch de nicotine, accompagné de la même TCC.
- Critères d’évaluation :
- Abstinence prolongée (aucune cigarette après une période de 14 jours).
- Abstinence de 7 jours (aucune cigarette dans les 7 jours précédant une visite).
Résultats :
- À 6 mois, 40,5 % des participants sous psilocybine ont atteint une abstinence prolongée, contre 10 % pour les patchs de nicotine.
- L’abstinence de 7 jours était de 52,4 % pour la psilocybine, contre 25 % pour les patchs.
- Les participants sous psilocybine avaient 6 fois plus de chances d’atteindre une abstinence prolongée et 3 fois plus de chances d’atteindre une abstinence de 7 jours.
- Aucun événement indésirable grave lié à la psilocybine ou aux patchs n’a été signalé.
- Dans le groupe psilocybine, le traitement a été principalement facilité par un psychologue titulaire d’un doctorat ou d’une maîtrise (A.G.R.) et un coordinateur de recherche ayant au moins un diplôme de licence dans le domaine de la santé mentale. Ces facilitateurs étaient conscients des affectations de traitement et ont supervisé les sessions de traitement, y compris l’administration de la psilocybine et les visites de suivi.
Conclusion :
La psilocybine, combinée à la TCC, a montré des taux d’abstinence significativement plus élevés que les patchs de nicotine avec TCC. Les résultats suggèrent que la psilocybine pourrait être une option prometteuse pour le traitement de la dépendance au tabac et mérite des recherches supplémentaires pour valider son efficacité et explorer son potentiel dans le traitement des troubles liés à l’usage de substances.
Références bibliographiques
1 Johnson MW. Classic psychedelics in addiction treatment: the case for psilocybin in tobacco smoking cessation. Curr Top Behav Neurosci. 2022;56:213-227. doi:10.1007/7854_2022_327
2 Savage C, McCabe OL. Residential psychedelic (LSD) therapy for the narcotic addict: a controlled study. Arch Gen Psychiatry. 1973;28(6):808-814. doi:10.1001/archpsyc.1973.01750360040005
3 Krebs TS, Johansen PO. Lysergic acid diethylamide (LSD) for alcoholism: meta-analysis of randomized controlled trials. J Psychopharmacol. 2012;26(7):994-1002. doi:10.1177/0269881112439253
4 Johnson MW, Garcia-Romeu A, Cosimano MP, Griffiths RR. Pilot study of the 5-HT2AR agonist psilocybin in the treatment of tobacco addiction. J Psychopharmacol. 2014;28(11):983-992. doi:10.1177/0269881114548296
5 Jones G, Lipson J, Nock MK. Associations between classic psychedelics and nicotine dependence in a nationally representative sample. Sci Rep. 2022;12(1):10578. doi:10.1038/s41598-022-14809-3
6 Johnson MW, Garcia-Romeu A, Johnson PS, Griffiths RR. An online survey of tobacco smoking cessation associated with naturalistic psychedelic use. J Psychopharmacol. 2017;31(7):841-850. doi:10.1177/0269881116684335
Dr Philippe Arvers (1,2,3)
1 – Observatoire Territorial des Conduites à Risques de l’Adolescent (MSH-UGA)
2 – 7ème Centre Médical des Armées (76ème Antenne médicale de Varces)
3 – Institut Rhône Alpes Auvergne de Tabacologie (Lyon)
En savoir plus : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2846155