DROGUES / Quelle posologie de méthylphénidate pour les patients souffrant d’un TDAH comorbide d’un trouble de l'usage de substance ?

Autres drogues / 29 septembre 2017

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Addiction Autres drogues - DROGUES / Quelle posologie de méthylphénidate pour les patients souffrant d’un TDAH comorbide d’un trouble de l'usage de substance ?

  

 

 

Par Paul Brunault

 

Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH), qui associe des symptômes de type hyperactivité/impulsivité et/ou d’inattention évoluant depuis l’enfance/l’adolescence, est un des troubles psychiatriques les plus fréquents chez les patients souffrant d’addictions.

Il existe actuellement un questionnement quant à la prise en charge médicamenteuse du TDAH chez ces patients : la prescription d’un traitement médicamenteux par psychostimulant (i.e., dérivé amphétaminique de type méthylphénidate, qui est bien indiquée et efficace dans le TDAH de l’enfant et de l’adolescent), est-elle aussi bénéfique chez l’adulte souffrant d’addiction ? En effet, on pourrait supposer que chez les patients souffrant d’addiction pourraient être à plus fort risque de mésuser de ce traitement, avec un risque de développer une tolérance progressive aux psychostimulants, de manière comparable aux autres substances. D’un autre côté, on peut également penser que le traitement du TDAH va contribuer à améliorer le pronostic de l’addiction, et donc diminuer le risque d’escalade de la tolérance vis à vis des substances. Comment alors répondre à cette épineuse question ?

Une étude suédoise de grande envergure (14314 adultes traités par méthylphénidate et recrutés sur des registres entre 2006 et 2009, dont 4870 avec trouble de l’usage de substance) a permis d’apporter des éléments de réponse. Les patients avec un trouble de l’usage de substance avaient une posologie moyenne de méthylphénidate deux fois plus importante que les autres. Il existait dans les deux groupes une augmentation de la posologie du traitement entre l’initiation du traitement et la fin de la première année de traitement, avec une augmentation un peu plus importante dans le groupe des patients ayant un trouble addictif. Néanmoins, la dose moyenne avait tendance à se stabiliser dans les deux groupes après deux ans de traitement.

Les auteurs en concluent donc que :

  • Parmi les patients TDAH, ceux ayant un trouble de l’usage de substance ont besoin d’avoir une posologie plus élevée de méthylphénidate que les autres, avec l’hypothèse d’une sous dosage initial de ces patients (probablement par manque de recommandations dans ce domaine).
  • Leurs données ne sont pas en faveur d’un phénomène de tolérance vis-à-vis du méthylphénidate, puisqu’il n’y avait pas d’augmentation de la tolérance du méthylphénidate à moyen terme (deux ans).

 

Ce travail suggère donc que, chez les patients TDAH avec addiction, l’hypothèse d’une tolérance pharmacologique au méthylphénidate ne semble pas fondée. Ces résultats nous incitent à ne pas hésiter à prescrire le méthylphénidate à bonne posologie dans ces situations, sous réserve bien entendu que l’on ait pu confirmer le diagnostic de TDAH auprès d’un spécialiste habitué à ce diagnostic, qu’il n’y ait pas de contre-indication au traitement et que le patient soit d’accord pour cette option thérapeutique.

 

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