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Écrans – Les complications spécifiques chez les enfants et les adolescents

Le rapport « Enfants et écrans : À la recherche du temps perdu », publié en 2024, met en évidence des effets préoccupants d’un usage excessif des écrans sur le développement global de l’enfant et de l’adolescent. Le temps passé devant les écrans entre souvent en concurrence avec des activités essentielles à la croissance physique, psychique et sociale.

Troubles du langage et de l’attention

Sur le plan cognitif et langagier, le temps d’écran réduit les occasions d’explorer, de jouer librement ou d’interagir avec les adultes et les pairs. Ces expériences sont pourtant indispensables à l’acquisition du langage, à la pensée symbolique et à la construction du raisonnement.

Une exposition précoce et prolongée peut ainsi freiner le développement du vocabulaire, la compréhension des émotions et la capacité à se concentrer dans les échanges.

La capacité d’attention et les apprentissages scolaires peuvent également être impactés. Les contenus numériques, souvent rapides et fragmentés, sollicitent la recherche de stimulations constantes au détriment de la concentration soutenue.

L’enfant et l’adolescent s’habituent à des récompenses immédiates, rendant plus difficile l’effort intellectuel nécessaire à l’apprentissage et à la mémorisation.

Troubles du sommeil

L’exposition à la lumière bleue des écrans stimule fortement les récepteurs de la rétine, envoyant de fait à notre l’horloge biologique un signal « de jour » qui retarde l’endormissement et induit un retard de phase.

Sur le plan physiologique, l’usage des écrans avant le coucher est donc associé à :

  • une diminution du temps et de la qualité du sommeil,
  • une perturbation du rythme circadien : rythme naturel qui régule l’alternance entre éveil et sommeil au cours d’une journée.

Ainsi, en France, en 2020, l’étude conduite par l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) pour MGEN révélait que les adolescents dormaient en moyenne 7 h 45 min par nuit, et moins de 7 h par nuit en semaine, au lieu des 8 h 30 min à 9 h de sommeil recommandées par l’organisation caritative américaine « National Sleep Foundation » (NSF)1.

Par ailleurs, 16 % des enfants de 11 ans et 40 % des adolescents de 15 ans présentaient un déficit de plus de 2 heures de sommeil par jour, en semaine.

1Hirshkowitz M, Whiton K, Albert SM, et al. National Sleep Foundation’s sleep time duration recommendations: methodology and results summary. Sleep Health. 2015 Mar;1(1):40-43

Troubles du comportement

S’agissant des troubles du comportement en lien avec l’usage excessif des écrans, ils sont de plusieurs natures :

Extériorisés :

  • irritabilité,
  • impulsivité,
  • agressivité,
  • agitation,
  • fatigue diurne.

Intériorisés :

  • anxiété,
  • dépression.

Des effets néfastes pour la vue

Il est désormais admis que l’usage excessif des écrans est à mettre en lien avec la survenue et l’essor de plusieurs troubles ou pathologies de l’œil et de la vision. Les enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables.

En effet, l’œil de l’enfant est en développement, celui-ci s’achevant vers l’âge de 16 ans. Ainsi, la croissance du globe oculaire se poursuit jusqu’à l’âge de 4 ans et ensuite la maturation neuronale du système visuel jusqu’à l’adolescence, vers 13-15 ans.

L’usage excessif des écrans participerait notamment à l’épidémie de myopie qui touche les sociétés modernes. La population mondiale dénombre aujourd’hui plus d’individus myopes que d’individus sans aucun trouble de la vision. On estime que 50% de la population mondiale sera myope en 2050, à un stade sévère pour 10% d’entre elle.

La situation est déjà alarmante en Asie, où la prévalence de la myopie chez les 6-19 ans est estimée à 60%, et particulièrement en Asie du Sud-Est, jusqu’à 73% des 12-18 ans en Corée du Sud2. En France, où les tendances constatées suivent celles qui avaient été observées en Asie avec quelques années de décalage, environ une personne sur trois en population générale (contre 20 % dans les années 1970) et 42% des 10-19 ans3 sont myopes.

En plus de constituer un trouble de la vision, la myopie est un facteur de risque aggravant pour d’autres pathologies de l’œil ou de la vision à l’âge adulte. Les risques de maculopathie, de décollement de la rétine, de glaucome, de cataracte précoce et de cécité sont sensiblement augmentés en cas de myopie4.

2Andrzej Grzybowski, Piotr Kanclerz, Kazuo Tsubota, Carla Lanca, Seang-Mei Saw. A review on the epidemiology of myopia in school children worldwide. BMC Ophthalmol. 2020 Jan 14;20(1):27. 37

3Matamoros E, Ingrand P, Pelen F, et al. Prevalence of myopia in France: a cross-sectional analysis. Medicine. 2015;94:e1976.

4Haarman AEG, Enthoven CA, Tideman JWL, Tedja MS, Verhoeven VJM, Klaver CCW. The Complications of Myopia: A Review and Meta-Analysis. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2020 Apr 9;61(4):49. doi: 10.1167/iovs.61.4.49.

Sédentarité, surpoids, obésité

L’usage excessif des écrans peut favoriser la sédentarité et le manque d’activité physique des enfants et adolescents, entraînant surpoids ou obésité, responsables de nombreuses maladies chroniques, cardiovasculaires ou métaboliques.

Or en 2020, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alertait les pouvoirs publics, à partir de données de 2016 , sur l’inactivité physique et la sédentarité chez les jeunes français. Ainsi 33 % des enfants de moins de 3 ans ne pratiquaient aucune activité physique d’extérieur. Entre 3 et 10 ans, un tiers des garçons et deux tiers des filles étaient considérés comme sédentaires. Entre 11 et 17 ans, 20 % des garçons et plus de la moitié des filles étaient considéré comme sédentaires.

Si les écrans ne peuvent à seuls expliquer la sédentarité et le manque d’activité physique, il est indéniable qu’ils y contribuent car ils supposent une position immobile, assise ou allongée.

Dégradation du développement social

Enfin, le développement social et affectif peut lui aussi être entravé. Le repli sur les activités numériques limite les interactions réelles, pourtant essentielles à la construction de l’empathie, des habiletés sociales et de la gestion des émotions.

Les échanges virtuels ne remplacent pas la richesse des relations vécues, ni les apprentissages qui se font dans la rencontre, le jeu partagé ou la frustration constructive.

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