Pourquoi avoir fait cette recherche ?
Les personnes ayant des problèmes de jeu sont souvent jugées, mises à l’écart ou stigmatisées. Parfois volontairement, parfois sans s’en rendre compte, la société peut les exclure. Or, se sentir rejeté peut modifier notre façon de penser et de décider. Certaines recherches montrent même que, lorsqu’une personne se sent exclue, l’argent peut prendre plus d’importance à ses yeux (attrait plus fort, moins de préoccupations d’équité entre individus, etc.).
Aucune recherche n’avait jusqu’alors examiné les effets de l’exclusion sociale sur la prise de décision financière dans le jeu, notamment chez des personnes qui ont déjà des difficultés avec le jeu d’argent.
C’est la question que se sont posée les chercheurs.
Quel est le but de cette recherche ?
Cette étude vise à tester si le fait de se sentir exclu modifie la manière dont les joueurs prennent des décisions liées à l’argent, et si cet effet dépend du niveau de sévérité du jeu. Plus précisément, les chercheurs ont cherché à déterminer si l’exclusion sociale poussait davantage certains joueurs à privilégier un gain monétaire immédiat, même lorsque la situation était injuste ou inéquitable. Ils ont comparé des joueurs sans problème ou avec un risque faible/modéré, et des joueurs à risque élevé (problème de jeu important).
Comment les chercheurs ont-ils fait pour répondre à cet objectif ?
Afin de répondre à cette question, 203 joueurs ont été recrutés directement à proximité de lieux de jeux de hasard et d’argent, puis répartis de manière aléatoire en deux groupes : un groupe soumis à une condition d’exclusion sociale et un groupe soumis à une condition d’inclusion sociale. L’expérience d’exclusion sociale était mise en place lors d’un jeu de balle virtuelle, dans lequel les joueurs inclus recevaient la balle environ 33 % du temps contre 7 % pour les joueurs exclus. Leur sentiment d’exclusion à l’issue de ce jeu a été recueilli.
Par la suite, afin de tester leur prise de décision financière, les participants ont été impliqués dans un jeu de partage d’argent, au cours duquel ils recevaient des propositions plus ou moins équitables (par exemple : partage égal 50/50, ou partage très déséquilibré 90/10). Ils pouvaient décider de les accepter (même si elles étaient injustes) ou de les refuser (et dans ce cas, ils ne gagnaient rien). Enfin, tous les individus ont été évalués afin de déterminer leur niveau de risque vis-à-vis des jeux d’argent.
Quels sont les principaux résultats à retenir ?
Les résultats montrent que les joueurs sans problème ou à risque faible/modéré refusaient les offres injustes de la même manière, qu’ils aient été exclus ou non. L’exclusion sociale n’impactait donc pas leurs décisions financières dans le jeu.
En revanche, chez les joueurs à risque élevé, les résultats étaient très différents. Lorsqu’ils se sentaient exclus, ils acceptaient beaucoup plus souvent les offres injustes et privilégiaient le gain d’argent immédiat, même si la situation était déséquilibrée.
Il semble donc que chez les joueurs les plus en difficulté, le rejet social renforce une logique centrée sur le gain immédiat. Au lieu d’encourager un comportement plus “juste” ou plus réfléchi, l’exclusion sociale semble au contraire :
- renforcer l’importance de l’argent,
- diminuer la prise en compte de l’équité,
- accentuer des mécanismes déjà présents dans l’addiction.
Ces résultats confirment que la pression sociale, la honte ou la mise à distance, qui sont des stratégies parfois utilisés pour « faire réagir » des personnes présentant des conduites excessives de jeu, ont tendance à aggraver les difficultés avec le jeu. Les approches d’accompagnement et l’aide de la société et des proches doivent être basées sur l’inclusion sociale, le soutien social, la réduction de la stigmatisation, et plus globalement le renforcement du lien social.
Plus d’informations sur cette recherche :
Auteurs
RABINOVITZ ,S., NAGAR, M. (2026). When rejection backfires: Social exclusion and economic decision-making in gamblers.
Lien : https://doi.org/10.1556/2006.2025.00095
Retrouvez la synthèse de l’article du mois « Jeux d’argent et de hasard : Quand le rejet social aggrave les problèmes de jeu» sur le site de l’Institut Fédératif des Addictions Comportementales (IFAC) du CHU de Nantes.