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Les fumeurs et les anciens fumeurs préoccupés par leur santé ont tendance à vapoter

Tabac
Addiction Tabac - Les fumeurs et les anciens fumeurs préoccupés par leur santé ont tendance à vapoter

Malgré la diminution constante du nombre de fumeurs en France, le tabagisme reste parmi l’une des toutes premières causes de mortalité évitable. Dans ce contexte, on assiste depuis quelques années à l’essor de la cigarette électronique, qui est utilisée par de nombreux fumeurs pour tenter d’arrêter de fumer. Même si la crainte des risques du tabagisme sur la santé figure parmi les principales motivations à l’arrêt du tabac, il n’y a actuellement que peu de données sur les déterminants précis de l’état de santé qui sont associés à l’utilisation de la cigarette électronique. Cette étude s’est donc intéressée aux raisons qui pourraient conduire les fumeurs comme les anciens fumeurs à utiliser la cigarette électronique. Plus précisément, les auteurs souhaitaient étudier si la façon de percevoir son propre état de santé était associée au fait de vapoter régulièrement lorsque l’on est fumeur ou ancien fumeur. Pour ce faire, ils ont utilisé une partie des données collectées auprès de 18 300 fumeurs et anciens fumeurs, inclus entre 2015 et 2017 dans la cohorte CONSTANCES. Cette cohorte suit actuellement plus de 200 000 volontaires tirés au sort dans la population générale française (www.constances.fr).

L’état de santé perçu se mesure facilement en demandant au sujet de répondre à la question « Comment jugez-vous votre état de santé ? » sur une échelle de 1 (très bon) à 8 (très mauvais). Cette mesure très simple est néanmoins associée à la mortalité ainsi qu’au risque de développer différentes maladies, tant physiques que psychiatriques. L’état de santé respiratoire perçu par le sujet était également mesuré, en recherchant une sensation d’essoufflement ou des modifications de l’état de santé respiratoire durant les dix dernières années. Les auteurs ont formulé l’hypothèse que les fumeurs se percevant en mauvais état de santé étaient plus en enclin à vapoter que ceux qui se percevaient en bonne santé, et cela indépendamment du fait d’avoir reçu un diagnostic de pathologies cardiovasculaires, respiratoires ou de cancers. La même hypothèse était formulée concernant les anciens fumeurs. En d’autres termes, vapoter pourrait apparaitre comme une solution pour arrêter ou pour ne pas reprendre l’usage du tabac lorsqu’on se considère en mauvaise santé, et sans que cela ne soit lié au fait de se savoir malade.

Les résultats montrent qu’un mauvais état de santé perçue était statistiquement associé à une probabilité accrue de vapoter régulièrement, tant chez les fumeurs que chez les anciens fumeurs. En outre, ces résultats étaient retrouvés tant pour la santé en général que pour la santé respiratoire. Par exemple, la probabilité d’être vapoteur pour un fumeur augmentait de 10% à chaque fois que l’état de santé perçu se dégradait d’un point sur l’échelle allant de 1 à 8. De plus, la probabilité d’être vapoteur était augmentée de 20% chez les fumeurs déclarant une sensation d’essoufflement. Chez les anciens fumeurs, la probabilité d’être vapoteur était augmentée de 12% à chaque fois que l’état de santé perçu se dégradait d’un point sur l’échelle allant de 1 à 8. Tous ces résultats prenaient en compte les différences sociodémographiques et comportementales, notamment les niveaux de consommations de tabac et d’alcool. L’existence de pathologies diagnostiquées, ou d’une altération objective de la fonction respiratoire ou de la pression artérielle, ne modifiaient que très peu la force des associations entre l’état de santé perçu et le vapotage. Concernant les pathologies, les diagnostics suivants étaient notamment recherchés : maladies respiratoires (asthme, emphysème, bronchopathie chronique obstructive), maladies et facteurs de risques cardiovasculaires (infarctus du myocarde, syndrome coronarien, artériopathie périphérique, diabète, obésité) et tous les types de cancers. Enfin, l’existence de symptômes dépressifs ne modifiait pas les liens observés entre l’état de santé perçu et le vapotage.

Parmi les limites de cette étude, il est à noter que les associations mises en évidence entre l’état de santé perçu et le vapotage étaient mesurées à un instant donné, et non pas au cours d’un suivi. Bien que la cigarette électronique soit apparue récemment, il n’est donc pas possible d’exclure la possibilité d’associations allant du vapotage vers une dégradation de l’état de santé perçu. Néanmoins, ces résultats semblent indiquer que c’est d’avantage la perception d’un mauvais état de santé plutôt que l’existence avérée de pathologies associées au tabac telles que les maladies cardiovasculaires, respiratoires ou les cancers, qui incite les fumeurs et les anciens fumeurs à vapoter. On pourrait faire l’hypothèse que la perception d’un mauvais état de santé conduise certains fumeurs à utiliser la cigarette électronique pour tenter d’arrêter de fumer. Quant aux anciens fumeurs, ils pourraient l’utiliser pour éviter de rechuter, d’autant plus que la majorité d’entre eux avaient arrêté de fumer récemment. D’autres études, incluant notamment des données de suivi des participants, pourraient permettre d’explorer ces hypothèses. Quoiqu’il en soit, les fumeurs et les anciens fumeurs qui utilisent la cigarette électronique devraient bénéficier d’une surveillance médicale incluant la prise en compte des aspects subjectifs relatifs à leur état de santé ainsi que la recherche de pathologies associées. En effet, chez les personnes qui ne se sentent pas en bonne santé, la vape pourrait apparaitre comme un moyen facile d’accès pour arrêter ou ne pas reprendre l’usage du tabac. Les stratégies motivationnelles utilisées par les soignants pour accompagner les patients dans leur démarche d’arrêt du tabac devraient s’appuyer également sur la recherche d’un mauvais état de santé perçu, que ce soit sur le plan respiratoire, ou en général.

Guillaume Airagnes

Émeline Lequy

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