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Poker menteur : Évolution de la communication de l’industrie du tabac autour du concept de dépendance à la nicotine

La communication de l’industrie cigarettière autour des causes de la dépendance au tabac a beaucoup évoluée ces dernières années. Alors même que depuis les années 60 ces industriels avaient connaissance du rôle de la nicotine dans cette addiction, ils ont continué à le nier publiquement jusqu’au début des années 2000. Le concept de dépendance est toutefois complexe et ne s’appuie pas seulement sur le rôle de la nicotine. Les industries du tabac ont de tout temps cherché à caractériser en interne ce phénomène.  L’évolution du concept de dépendance a été grandement influencé par cette recherche et par les campagnes de marketing et de lobbying contre les mesures de santé publique anti-tabac : on peut prendre l’exemple américain de l’approche du tabagisme comme une habitude ou un mode de vie, et non une dépendance.

 

L’entreprise Philip Morris (PM) est devenue dans les années 2000 la première grande compagnie de tabac à admettre publiquement le concept de dépendance à la nicotine. Cette étude examine comment a évolué le concept de dépendance au niveau interne de l’entreprise, avant et juste après cette annonce. Les auteurs ont analysé les documents internes et secrets mis à disposition par Philip Morris. Ils ont comparé ces notes avec les déclarations publiques de la société et ont constaté que la déclaration publique de cette société en faveur du rôle de la nicotine dans le processus de dépendance au tabac coïncidait avec des pressions exercées par plusieurs instituts publiques américains dont l’Institut de Médecine.

 

Cette prise de position publique de PM renforce l’idée que la nicotine est le principal moteur de la dépendance au tabac, ce qui permet à l’entreprise de justifier l’élaboration et la commercialisation de produits tabagiques à « exposition potentiellement réduite » (PREPs). Les conseillers scientifiques de l’entreprise présentent pourtant bien eux, en interne, la dépendance comme le résultat de l’interrelation de déterminants biologiques mais aussi sociaux, psychologiques, et environnementaux. Cette découverte montre qu’une fois n’est pas coutume, les discours publiques et privés sont bien différents et servent en premier lieu l’intérêt de l’entreprise.

 

Cette analyse suggère que le changement de point de vue publique de PM est une tentative opportuniste de maintenir des profits futurs en développant et en commercialisant des produits tabagiques à « plus faible risques » car moins dosés en nicotine par exemple. Comme l’indique pourtant la recherche en interne de PM, l’amélioration de la santé addictologique d’un sujet est plus susceptibles d’être atteinte en adjoignant aux Traitements de Substitution Nicotinique et aux stratégies comportementales, des interventions portant sur les composantes psychologiques, sociales et environnementales de l’addiction. Ces stratégies ont fait leur preuve dans la littérature, et sont parfois autant voire plus efficace que les pharmacothérapies. Elles sont d’autant plus pertinentes que le tabagisme touche particulièrement les populations précaires ayant moins facilement accès à ces thérapeutiques. Les politiques de santé publiques devraient prendre en compte ces aspects dans les campagnes de prévention et de soins futures.

 

 

Par Julien Cabé 

 

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