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Qui sont les étudiants en médecine fumeurs et quels sont leurs facteurs de risque addictologiques associés ? une étude parue dans Progress in Neuropsychopharmacology & Biological Psychiatry

En 2014, 42% des hommes et 31% des femmes de 18 à 25 ans étaient fumeurs réguliers. Que se passe-t-il lorsqu’on s’intéresse plus spécifiquement à la population des étudiants en médecine en France ?

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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il a souvent été montré que les étudiants en médecine sont plus à risque de consommer du tabac. Ce constat pourrait être lié à plusieurs causes: études longues et difficiles, stress induit par de nouvelles responsabilités à l’hôpital, compétition entre étudiants, horaires à rallonge, pression hiérarchique… Pour ces mêmes raisons, il a été montré que cette population est fragilisée du point de vue de la santé mentale, avec un sur-risque de développer une dépression ou des addictions. 12,2% des étudiants en médecine seraient suivis par un psychiatre ou un psychologue.

Pourtant, ces futurs professionnels de santé ont et continueront d’avoir un rôle actif à jouer dans la prévention et la prise en charge de la consommation tabagique. Or, il a été montré que les professionnels de santé fumeurs prodiguaient moins de conseils à leurs patients concernant le sevrage tabagique et les encourageaient moins à modifier leurs consommations. Peu de données sont spécifiquement disponibles sur les étudiants en médecine français. L’étude BOURBON, coordonnée par Guillaume Fond à Marseille, est une enquête sur l’état de santé et les comportements d’un échantillon d’étudiants en médecine français. De décembre 2016 à mai 2017, des étudiants en médecine de 35 facultés françaises ont répondu à un questionnaire anonyme en ligne.

L’objectif de cette publication spécifique était de déterminer la prévalence l’usage de tabac chez les étudiants en médecine en France. Les facteurs associés à un usage sévère de nicotine étaient également recherchés. Le questionnaire recensait les consommations de substances, quantifiait et qualifiait la consommation tabagique, notamment le degré de dépendance, ainsi que certains facteurs de risque psychosociaux (précarité, violences domestiques, divorce des parent, etc…). Au final, 11 000 étudiants ont été inclus dans les analyses de la présente étude, 2 078 (18,9%) d’entre eux fumaient régulièrement du tabac, et 59 (2,8%) étaient catégorisés comme dépendants sévères à la nicotine. Le fait de fumer régulièrement était plus souvent associé à des consommations d’anxiolytiques, à un trouble de l’usage d’alcool ou de cannabis, à des difficultés financières, à des antécédents d’agression sexuelle ou de maltraitance.

Les résultats appellent plusieurs commentaires. D’abord, le chiffre de 18,9% de fumeurs réguliers n’est pas significativement plus élevé que celui de la population générale, ce qui peut paraitre surprenant puisque l’on a vu que les étudiants en médecine sont retrouvés plus souvent fumeurs. Toutefois, l’étude ici commentée présente un biais majeur, que l’on retrouve avec toutes les enquêtes en ligne : il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif car la participation est volontaire et anonyme. Ce type d’étude attire plus facilement une partie seulement de la population étudiée, et pas toujours celle qui a des facteurs de risque ou des problèmes de santé psychique. Il est donc possible que le nombre de fumeurs ait été artificiellement diminué en raison de ce biais.

Ensuite, les résultats de l’étude ne précisent pas si les étudiants fumeurs cherchent à arrêter le tabac ainsi que les comorbidités addictives retrouvées, ou plus globalement s’ils sont en soins psychologiques ou psychiatriques. Les addictions sont souvent un sujet gênant au sein du monde médical. Beaucoup de médecins sont mal à l’aise avec le fait d’abord les usages de substances chez leurs patients. C’est probablement encore plus le cas avec leurs collègues. Pour ce qui concerne les étudiants en médecine, il serait intéressant de réfléchir à des campagnes d’information / prévention spécifiques au sein de ces populations, à orchestrer conjointement entre services d’addictologie et services de santé des étudiants.

 

Julia DE TERNAY

Service Universitaire d’Addictologie de Lyon (SUAL)

Benjamin ROLLAND

Service Universitaire d’Addictologie de Lyon (SUAL)

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