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Utilisation du MoCA en addictologie : attention aux comorbidités psychiatriques ! Une étude parue dans Drug & Alcohol Dependence

Les troubles cognitifs affectent jusque 50 % des patients présentant un trouble de l’usage d’alcool d’intensité sévère (TUAL sévère). Ces troubles impactent l’efficacité des interventions thérapeutiques, et contribue à l’arrêt de la prise en charge et à la rechute.

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Addiction Autres drogues - Utilisation du MoCA en addictologie : attention aux comorbidités psychiatriques ! Une étude parue dans Drug & Alcohol Dependence

Plusieurs outils de dépistages ont été proposés pour identifier ces troubles chez les patients TUAS. Parmi ces outils, le Montreal Cognitive Assessment (MOCA) test est un outil facile et pratique utilisé dans le dépistage post sevrage des troubles cognitifs. Il s’agit d’un outil développé initialement pour dépister les troubles cognitifs débutants en population gériatrique. Cet outil s’est toutefois progressivement étendu à de nombreuses pathologiques vectrices de troubles cognitifs. Dans le champ addictologique, le MoCA test a été très utilisé dans le TUAL, et son usage a été popularisé en France par les travaux de l’équipe nîmoise du Pr Pascal Perney (pour plus d’info, voir : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0924933814005938)

C’est toutefois un outil de dépistage. Pour confirmer les troubles, il est nécessaire de réaliser un bilan neuropsychologique complet.  Par ailleurs, en cas de screening positif, on ne peut être sûr de l’origine de ces troubles : troubles issus du TUAL ou bien de comorbidités. Or, les comorbidités psychiatriques sont fréquentes dans cette population.
Si ces comorbidités ne sont pas recherchées et donc prises en charge, le dépistage avec le MoCA perd de son sens. C’est ce qu’illustre cette étude française parue dans Drug & Alcohol Dependence.

L’objectif de cette étude était d’explorer, dans un échantillon de patients avec TUAL récemment sevrés, quelle(s) comorbidité(s) psychiatrique(s) pouvait être associée significativement avec un Moca positif.

100 patients TUAL récemment sevrés sur 2 centres hospitaliers ont été inclus. Ils ont été divisés en  2 groupes: dépistage positif au MOCA et dépistage négatif. Ces 2 groupes ont été comparés au niveau démographique, de la sévérité du TUAL, de l’impulsivité et des comorbidités psychiatriques. Ces paramètres ont été analysés par un modèle de régression logistique afin d’établir leur impact sur un MOCA positif chez les patients TUAL. Parmi les différents paramètres évalués, les troubles anxieux et le trouble dépressif caractérisé apparaissent significatifs comme facteur prédictif d’un MOCA positif en analyse multivariée chez les patients avec TUAL.

Les résultats mettent en évidence que l’agoraphobie et le trouble dépressif caractérisé augmentent la probabilité d’un MOCA positif. Cela va dans le sens de la littérature qui fait le lien entre les troubles anxieux, trouble dépressif et troubles cognitifs.  Ainsi les troubles cognitifs chez le patient TUAL peuvent être liés à l’alcool ou à une comorbidité psychiatrique ou à l’effet combiné de l’alcool et d’un trouble psychiatrique ou encore à un autre trouble.

A cause de la nature entrelacée des troubles cognitifs et du TUAS, la temporalité des troubles est donc un facteur important à considérer. Réaliser un MoCA sans avoir une vision claire des comorbidités psychiatriques devrait être évitée en pratiques.
En pratique clinique, une évaluation psychiatrique complète est nécessaire avant de réaliser un dépistage des troubles cognitifs chez les patients avec TUAL.
Le travail des infirmiers ou neuropsychologues faisant passer la MoCA devrait idéalement s’appuyer sur un screening diagnostic préalable par le médecin ou l’équipe médicale.

 

Par Benjamin Rolland et Charles Lescut

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