Le trafic de cocaïne en France a augmenté significativement ces dernières années, devenant la drogue qui génère le plus d’argent sur le marché français. À cause de cette hausse, le nombre de visites aux urgences à cause de la cocaïne a triplé entre 2012 et 2023, selon Santé publique France. Malheureusement, il n’existe pas de traitement pharmacologique contre l’addiction à ce psychotrope, notamment car les mécanismes qui l’entraînent restent mal connus. Cependant, des chercheurs de l’université de l’État du Michigan, aux États-Unis, viennent de découvrir une partie du puzzle : une protéine cérébrale sans laquelle la cocaïne ne génère pas de dépendance. Leur étude, publiée le 4 mars 2026 dans la revue Science Advances, ouvre la voie à un potentiel traitement contre l’addiction à la cocaïne.
Une protéine activée par la cocaïne
« L’addiction est une maladie, comme le cancer, déclare Alfred Robinson, auteur de l’étude, dans un communiqué. Nous devons donc trouver des traitements pour aider les personnes avec une addiction de la même façon qu’on le ferait pour le cancer. » Pour chercher ce potentiel traitement, son équipe a étudié de près ce qui se passe dans le cerveau des souris après avoir pris de la cocaïne. Les chercheurs se sont focalisés sur l’hippocampe, structure à la base du cerveau impliquée dans la mémoire émotionnelle et la mémoire spatiale et qui semble nécessaire pour les rechutes après une période d’abstinence, au moins chez la souris.
Dans des études précédentes, cette même équipe avait mis en évidence la protéine DeltaFosB, qui est exprimée dans les neurones de l’hippocampe lorsque les souris prennent de la cocaïne. Résultat qu’ils ont confirmé dans cette nouvelle recherche, montrant aussi que cette protéine s’accumule avec la prise de la drogue. DeltaFosB dépend donc de la cocaïne, mais l’effet de celle-ci dépend de DeltaFosB. En effet, lorsque cette protéine était présente, les souris s’employaient activement à trouver la drogue : dans cette expérience, ces rongeurs étaient placés dans une installation composée de trois pièces, dont une permettant l’accès à de la cocaïne. Les souris habituées à la drogue passaient naturellement plus de temps dans cette chambre que dans les autres. Mais lorsque cette protéine disparaissait (grâce à la destruction ciblée des ARNm qui codent pour DeltaFosB), les souris perdaient cet intérêt et n’avaient plus de préférence pour la chambre associée à la drogue.
DeltaFosB modifie l’activité génétique des neurones
Cette protéine est donc essentielle dans le processus de dépendance à la cocaïne, mais pour quelle raison ? En étudiant les neurones de l’hippocampe, les chercheurs ont observé que les neurones pyramidaux (appelés ainsi à cause de leur forme) étaient moins actifs après la prise de cocaïne. Or, cette baisse d’excitabilité survenait uniquement si la protéine DeltaFosB était exprimée dans ces neurones. Sans cette chute d’activité neuronale (à cause du manque de cette protéine), les souris perdaient leur intérêt pour la chambre avec cocaïne, ce qui arrivait aussi si les chercheurs stimulaient ces neurones artificiellement.
DeltaFosB se révèle donc importante pour réguler l’activité des neurones pyramidaux dans l’hippocampe, et elle fait ceci en modifiant l’activité génétique de ces neurones. En effet, la présence de DeltaFosB, suite à la prise de cocaïne, entraînait une baisse d’expression de 108 gènes et une hausse pour 45 autres gènes.
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