Cinéma / “Don’t worry, he won’t get far on foot“, un film de Gus Van sant

14 avril 2018

Addiction  - Cinéma / “Don’t worry, he won’t get far on foot“, un film de Gus Van sant

 

Ce film de Gus Van Sant, sur les écrans de cinéma depuis le 04 avril, est une adaptation de l’autobiographique d’un dessinateur satirique américain mort en 2010, John Callahan, méconnu en France, mais dont la réputation de grand dessinateur de presse n’est plus à faire aux Etats-Unis. Il a publié dans le New Yorker, Penthouse et Playboy, pour les journaux ou magazines les plus connus.

Il ne s’agit pas vraiment ici d’un biopic, mais bien plutôt de la reconstruction d’un jeune homme qui, a vingt ans, suite à un grave accident de la route, se retrouve tétraplégique tout en poursuivant une consommation problématique d’alcool commencée à la préadolescence.

Le film commence par la quête effrénée de John qui, au réveil d’une nuit imbibée, sait qu’il ne lui reste que peu de temps pour que les symptômes du manque apparaissent. Il doit donc se procurer au plus vite une bouteille d’alcool fort pour éviter les souffrances à venir. John a vingt ans dans les années 70… Au cours d’une soirée, il fait la connaissance de Dexter, un ami d’un soir, qui l’entraine à faire la tournée des bars et fêtes, sans retenue ni contrôle d’une consommation d’alcool qui les conduit inexorablement vers l’accident automobile. Le conducteur, Dexter en l’occurrence, en sort indemne, mais John restera tétraplégique. A son réveil il a toujours soif d’alcool…

Le jeune homme fait son travail de réadaptation physique et psychologique, mais continue à noyer sa détresse dans l’alcool. Il vit seul dans son appartement, et est accompagné d’un jeune aide-soignant qu’il traite avec peu d’égard les mauvais jours.

Un jour d’abandon, de frustration, et de grande déprime, la mère biologique qu’il n’a jamais connue pose une main invisible sur son épaule. John est en effet le seul enfant adopté d’une fratrie de six frères et sœurs, et a beaucoup souffert petit de maltraitance. Sa mère lui apparaît symboliquement ce jour-là, et le réconforte. John a une révélation. Il décide d’arrêter de boire.

Un long parcours de sevrage commence alors, parcours qui va suivre les douze étapes des Alcooliques Anonymes puisque c’est vers eux que se tourne le dessinateur. Il se rend à une première réunion publique et tombe en quelque sorte sous le charme d’un jeune ex-alcoolo-dépendant qui organise tous les samedis, dans la grande maison luxueuse dont il a hérité, des rencontres informelles avec ses filleuls (ceux qui l’ont choisi comme parrain de sevrage), rencontres où il s’agit de se raconter à travers les événements vécus de la semaine écoulée. La différence entre ces rencontres et les séances classiques des AA, avec sa valorisation des prises de paroles successives, c’est qu’ici on peut interrompre, questionner, bousculer la parole des autres participants. On n’est pas là pour s’envoyer des fleurs, mais bien plutôt pour approfondir les tenants et les aboutissants de sa dépendance alcoolique, sans s’apitoyer sur son sort.

John va ainsi se reconstruire petit à petit, suivre toutes les étapes proposées par les Alcooliques Anonymes en se faisant accompagner par ce mentor bienveillant, par une compagne angélique hôtesse de l’air, mais aussi grâce à la découverte d’un talent, grâce auquel il gagnera sa vie, le dessin.

John vit son sevrage en acceptant petit à petit son handicap, et en dessinant à la force de ses deux poignets qui tiennent le crayon. Le dessin est satirique et irrévérencieux, à l’image de son auteur dont l’art de croquer la société et ses travers sera très vite reconnu…

Quand il s’agit de sevrage, difficile dans les films américains de passer outre les Alcooliques Anonymes tant leur implantation est forte outre atlantique. Mais l’on comprend ici que malgré l’accompagnement, qu’il soit formel ou informel, le travail de fond est bel et bien celui de l’ex-usager confronté à ses forces et faiblesses, à ses anges et démons qui jalonnent son parcours de vie avec ou sans alcool…

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