Le monde du travail

“Manhattan Chaos“ Un roman de Michaël Mention

Ce récit fictionnel à la première personne, publié en poche aux Editions 10/18, nous raconte un moment de vie du célèbre trompettiste de jazz Miles Davis…

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Addiction Autres drogues - “Manhattan Chaos“ Un roman de Michaël Mention

Même si la quête de Milles est a priori loin d’être héroïque, nous allons l’accompagner dans les rues d’un Manhattan peu accueillant, c’est le moins qu’on puisse dire, et prêt à lui mettre des bâtons dans les roues… Ce Manhattan de 1977, où l’on nous embarque ici, est bien moins aseptisé que celui d’aujourd’hui, surtout quand les vents du chaos se déchainent une nuit de coupure générale de courant. Pas loin de huit millions d’habitants se retrouvent alors privés d’électricité. Parmi eux Miles, qui a décidé de décrocher les pistons, deux ans plus tôt, pour des raisons médicales obscures. Cloitré depuis ces deux années dans son appartement New Yorkais, il passe ses journées à “macérer dans son ras-le-bol“ comme il le dit si bien. Sa carrière est en suspend, et pas question pour lui de s’y remettre, de ressortir la trompette, tant son existence est désormais centrée sur les produits qu’il consomme. Ses refuges seront essentiellement l’héroïne qu’il s’injecte, et la cocaïne qu’il prise en complément. L’alcool est dans les parages lui aussi… L’univers du musicien se réduit alors à ce cocon imbibé et poudré dans lequel il a ses repères de survie psychique…

Quand le courant est coupé sur l’ensemble de la ville et donc dans l’appartement de Miles, le musicien doit composer avec un noir total qui dure, dure et dure… Sa tox-box, comme l’appelle Miles, est désespérément vide. Alors, quand le stress de l’obscurité persistante a atteint son maximum, que le manque se fait sentir, que le shoot devient la seule alternative envisagée, mais que le produit n’est pas à disposition, Miles doit se rendre à l’évidence, il va falloir affronter les symptômes du manque, et ce ne sera pas agréable à vivre… A moins que le musicien accepte de sortir de chez lui pour se fournir en héroïne, mais dehors malheureusement, le chaos est à la hauteur de son manque. Pillages, agressions, etc…

Direction Central Park, lieu d’échange privilégié entre dealers et usagers… Les seringues finissent par s’accumuler sous ses pieds. Il est sur la bonne voie… Un dealer lui ouvre sa caverne d’Ali Baba et lui propose, en veux-tu en voilà, des drogues de toutes sortes : shit, héro, coke, champis, Quaalude, et autres clés pour ouvrir les portes de la perception… Mission accomplie ! Il ne reste plus qu’à rentrer chez soi au petit trop pour soulager son manque…

Mais le chemin du retour sera malheureusement plus compliqué que Miles l’avait imaginé… Un nouvel ami, imaginaire (ou pas), qui se fait appeler tout simplement John, mais dont on ne sait rien, lui apparaît et a décidé visiblement de lui jouer de sales tours, à commencer par lui annoncer sa mort avant l’aube (à l’âge de 51 ans donc), à moins que Miles se remette à jouer de la trompette. John fera voyager le musicien dans le temps, en avant et en arrière, et les moments d’histoire traversés ne seront pas très agréables. Le trompettiste est impliqué malgré lui dans tous ces événements passés… Ces pérégrinations temporelles ramèneront l’homme à sa condition de simple mortel et le confronteront à ses fantômes du passé, à tous ces moments de honte et de culpabilité en relation avec sa quête éperdue d’héroïne, mais aussi à tous ceux où il a dû affronter le racisme ordinaire… Le retour à la maison cette nuit-là devra quoiqu’il arrive se faire dans la douleur…

Difficile d’imaginer que ce voyage extraordinaire d’une nuit ne puisse avoir d’impact sur le Miles à venir… Il est des événements déclencheurs qui peuvent bousculer des parcours d’usagers. Toujours est-il que le célèbre trompettiste, après une interruption de carrière d’un peu plus de cinq ans, se remettra en selle en 1981 et décédera finalement en 1991, le 28 septembre à l’âge 65 ans à Santa Monica en Californie, sans que les raisons de son décès n’aient été réellement confirmées…

 

Ce texte est la version courte d’un article paru dans le numéro #03 de le revue DOPAMINE

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