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"Narco Trip" une enquête de Joachim Barbier

Ce voyage en terre narcos, qui nous est proposé par les Editions Flammarion, est une somme de rencontres, loin du sensationnalisme et de la diabolisation souvent de mise quant il s'agit de rentrer au coeur des usages et des trafics de drogues. Ici on se contente très justement de rapporter les mots, les actes et les aspirations de ceux sans…

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Addiction Autres drogues - "Narco Trip" une enquête de Joachim Barbier

Ce voyage en terre narcos, qui nous est proposé par les Editions Flammarion, est une somme de rencontres, loin du sensationnalisme et de la diabolisation souvent de mise quant il s’agit de rentrer au coeur des usages et des trafics de drogues. Ici on se contente très justement de rapporter les mots, les actes et les aspirations de ceux sans qui le narcotrafic n’aurait pas de raison d’être : usagers, petits vendeurs, réparateurs d’armes à feu, adorateurs d’un saint patron des trafiquants, sicarios, dirigeants de cartel… Les dix escales qui nous sont proposées ici sont autant d’occasion d’en savoir un peu plus sur ces hommes et ses femmes et leur implication dans un univers auquel ils ne semblent pouvoir échapper. Qu’ils le veuillent ou non, l’entourage et l’environnement de vie conditionnent en grande partie les parcours de chacun et chacune, et quand ils ou elles ne sont pas directement responsables, ils ou elles se retrouvent victimes collatérales…

Pour Joachim Barbier le narco trip, comme il l’appelle, commence sur la « colline du crack » cette butte, régulièrement évacuée, coincée entre deux bretelles d’autoroute au nord de Paris, et où vivent ou passent tous les jours des dizaines de consommateurs de cette cocaïne  basée, substance qui est entrée dans la vie de Kevin, Farid ou d’autres en leur faisant beaucoup d’effets, mais qui s’y est alors malheureusement incrustée de manière durable… Le journaliste enquêteur ira aussi faire un tour à la treizième chambre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Bobigny en Seine-Saint-Denis. Dans cette chambre, appelée la « chambre du shit », défilent tous les jours ces petites mains du trafic de cannabis, les plus exposées aux forces de police. Ils sont guetteurs, coupeurs, nourrices, ou vendeurs en bas des tours, et se défendent comme ils peuvent même si les circonstances sont souvent contre eux. D’autres affaires impliquent des niveaux de trafic plus importants, mais l’on voit bien que l’encombrement de ces tribunaux ressemble à une accumulation sans fin de faits divers pour lesquels la justice prononce des sanctions qui semblent vaines tant l’on sait que le trafic y survivra… De l’autre côté de la Méditerranée, Joachim Barbier ira à la rencontre de cette mère de famille française dont le fils Sammy s’est vu embarquer dans une histoire de trafic de stupéfiants entre l’Algérie et la France. Treize kilos de cannabis dissimulé dans le réservoir de sa 405 auront suffit à le condamner à vingt ans de prison. La justice algérienne n’aura rien voulu entendre de sa vérité à lui, celle d’un jeune homme en vacances dans un pays qu’il voulait découvrir, et qui s’est fait piéger par un cousin d’un ami à lui. Quoiqu’il arrive, une mule sera toujours plus exposée à une interpellation, un jugement expéditif et à une condamnation sévère qu’un trafiquant de plus haut vol qui bénéficiera sûrement de bien plus de complicités dans l’administration policière et judiciaire… On nous proposera aussi dans cette enquête la rencontre, de l’autre côté de l’Atlantique cette fois-ci, d’un armurier du cartel du Sinaloa, le cartel du fameux « El Chapo », armurier qui fait son travail consciencieusement et ne se pose pas plus de question sur son implication dans la violence par armes à feu inhérente aux luttes de pouvoir… Il y aura aussi ce collectif de mères de famille à la recherche de leurs fils kidnappés, sûrement assassinés et enterrés là quelque part dans le Sinaloa, mais où ? Elles ne se font pas beaucoup d’illusion sur la survie de leurs disparus mais veulent pouvoir retrouver les corps pour faire le deuil… Il y a aussi : ces sicarios venus vénérer leur saint patron Jesus Malverde à Culiacan (Sinaloa); ce journaliste, parmi d’autres, assassiné pour s’être impliqué dans la diffusion d’informations riches et fouillées sur les arcanes du trafic, ses tenants et ses aboutissants; ces agents de la DEA venus en Colombie dans les années 90 pour mettre la main sur les big boss du cartel de Cali et qui découvrent toute la corruption du système; et enfin ce fils de grand narco trafiquant qui essaie tant bien que mal de refaire sa vie loin de toute implication et à l’abri de toutes représailles…

Combien de voyages en terre narcos, combien de témoignages, combien de révélations, combien de morts entassés les uns sur les autres dans cette guerre à la drogue, pour la drogue, combien de milliards dépensés inutilement faudra-t-il pour que la communauté internationale réagisse ? Sûrement pas assez visiblement…

Cet article est la version raccourcie d’un article publié dans le revue DOPAMINE #05

 

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