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Roman / “Transsiberian back to black“ de Andreï Dorovine

  Difficile de passer à côté de la référence au titre de la chanson de Amy Winehouse, “Back to black“ quand on aborde ce roman d’Andreï Dorovine publié dans la collection "Zapoï" des Editions de la Manufacture de Livres. En Russie, le terme "Zapoï" est utilisé pour définir une ivresse qui met KO. Ce sont ici seize récits et autant…

Addiction  - Roman / “Transsiberian back to black“  de Andreï Dorovine

 

Difficile de passer à côté de la référence au titre de la chanson de Amy Winehouse, “Back to black“ quand on aborde ce roman d’Andreï Dorovine publié dans la collection « Zapoï » des Editions de la Manufacture de Livres. En Russie, le terme « Zapoï » est utilisé pour définir une ivresse qui met KO.

Ce sont ici seize récits et autant d’occasion justement pour le narrateur de tout faire pour s’anesthésier en s’injectant de l’héroïne. Le jeune auteur, dont la quatrième de couverture nous dit qu’il est né en 1980, qu’il est un ancien toxicomane et a été poussé à décrocher par sa femme Olga Marquez, chanteuse du groupe Oili Aili célèbre en Russie et Ukraine, propose ici une plongée dans un univers qu’il connaît bien pour l’avoir fréquenté, celui de consommateurs en marge dans le Saint-Pétersbourg d’aujourd’hui, loin des clichés touristiques de cette grande métropole du nord de la Russie.

En quatrième de couverture on nous propose aussi quelques lignes d’introduction de l’auteur : « J’aimais tellement la défonce. Et je l’aime toujours. C’est précisément pour ça que je n’y touche plus. Effectivement comment vivre lorsque, par amour, on est prêt aux humiliations et aux tortures les plus raffinées, pour une minute, une seconde d’espoir que ça sera comme la première fois ? »

Rien ne nous dit si le récit est totalement autobiographique, mais qu’importe. Il suffit de se laisser accompagner dans un univers souvent hostile où toute la journée est centrée sur la quête de sa dose, sans que des préoccupations de réduction des risques soient, à aucun moment, présentes. Ici, on est capable par exemple de s’injecter son produit à l’aide d’un stylo aiguisé car l’on n’a plus de seringue, propre ou sale, à disposition.

Andreï nous raconte avec profondeur, mais distance et humour souvent, le quotidien d’un narrateur et de ses proches qui mettent tout en œuvre pour pouvoir se fournir en héroïne auprès d’amis ou plutôt connaissances plus ou moins fiables, dans un monde où le groupe de pairs, et la solidarité et la débrouille qui y règne, n’empêche pas le chacun pour soi guidé par la nécessité de se shooter pour s’exclure, le temps des effets, de la réalité d’un parcours de vie chaotique, parfois mal-aimé et souvent mal-vécu.

Les histoires qui sont racontées ici, même si elles peuvent parfois sembler anecdotiques, forment un tout qui constitue un témoignage probant de cette vie au jour le jour au plus près du produit qui devient le héros d’un mauvais film. Il ne s’agit pourtant pas dans ces récits de sombrer avec l’héroïne, mais plutôt de se l’accaparer dans un processus d’adaptation à la vie, même si elle ne l’embellit qu’un temps…

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