Augmentation de 50% du risque de décès par overdose en cas d’association entre les antalgiques opioïdes et la gabapentine: résultats d’une large étude pharmacoépidémiologique publiée dans PLoS Medicine

Autres drogues / 24 octobre 2017

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Addiction Autres drogues - Augmentation de 50% du risque de décès  par overdose en cas d’association entre les antalgiques opioïdes et la gabapentine: résultats d’une large étude pharmacoépidémiologique publiée dans PLoS Medicine

Dans un billet récent de Addict’Aide, Louise Carton rapportait un article qui retrouvait un potentiel addictif préoccupant de la gabapentine (Neurontin®), utilisé comme antiépileptique mais aussi dans divers indications neuropsychiatriques, notamment certaines douleurs chroniques. Du fait de ces indications larges, il est commun de retrouver des prescriptions chroniques associant gabapentine et opioïdes antalgiques, en particulier chez les patients douloureux chroniques.

Sur la base des données médico-administratives exhaustives de l’Ontario, Canada, les auteurs, des canadiens pilotés par Wim van den Brink, célèbre médecin et chercheur en addictologie basé à Amsterdam, ont conduit une étude cas-témoin pour savoir si la coprescription opioïdes – gabapentine augmentait le risque de décès par overdose en cas d’overdose d’opioïdes. L’analyse portait sur une période très large (1997 – 2013) et sur une population également très large, c.à.d. 1 256 cas de morts par overdoses and 4619 contrôles (des sujets traités par opioïdes mais restés vivants). Après ajustement multivarié, le surrisque de décès en cas de coprescription était OR=1,49 IC95%= 1,18 à 1,88, toutes doses de gabapentine confondues. Une analyse par tranche de dose retrouvait un risque de décès croissant avec la dose de gabapentine, avec un surrisque OR=2,2 pour une dose de gabapentine ≥1 800 mg/j.

Ces résultats paraitront logiques aux addictologues et réanimateurs. Ils vont dans le même sens que les résultats liés aux overdoses d’héroïne et à la surmortalité en cas de traitement par benzodiazépines. Les cocktails de sédatifs ont un effet synergique. Pas sûr en revanche que les médecins qui prescrivent ces traitements pour la douleur aient une perception bien claire de ce principe de base.

Une limite toutefois, et qui n’est pas forcément bien évoquée dans l’article, se rapproche de celles qui ont porté sur l’étude baclofène CNAMTS-ANSM de juillet dernier. Elle concerne les comorbidités, en particulier psychiatriques et addictologiques, qui n’ont pas été intégralement prises en compte dans l’analyse. Probablement que certains patients recevant des coprescriptions opioïdes – gabapentine ont des douleurs résistantes aux opioïdes. On sait que les sujets avec douleurs chroniques résistantes aux opioïdes ont plus facilement des comorbidités psychiatriques et/ou addictologiques. Dans cette étude, il n’est pas possible de savoir quel poids ces comorbidités ont joué sur la mort des sujets étudiés, et ainsi si elles n’ont pas faussement fait conclure que cette surmortalité provenait de la gabapentine à elle seule.

Benjamin Rolland 

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