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DROGUES / La prestigieuse revue scientifique BMJ* favorable à la dépénalisation, à la régulation et à la taxation

Dans un article publié le 10 Mai 2018, le très sérieux British medical journal se joint à la position des grands collèges britanniques de médecine et de santé publique pour sensibiliser à la dépénalisation du cannabis et ainsi mettre le curseur sur la prise en charge des personnes dépendantes plutôt que sur la répression judiciaire de ces derniers.

Cet article fait suite à la déclaration du « Royal College of Physicians » de se positionner en faveur d’une dépénalisation. Dans un rapport publié en 2016, ces derniers affirment que le combat mené contre la drogue n’a en rien réduit la proportion d’usagers de drogues mais, au contraire, encore plus fragiliser ces derniers en les décourageant de suivre des traitements ou des programmes de réduction des risques.

Les arguments en faveur d’une régulation du marché ne manquent pas à commencer par l’aspect financier avec des millions d’euros investis dans la guerre contre la drogue qui n’ont pas ou très peu contribué à endiguer le trafic illégal de stupéfiants.

Quelques chiffres en vrac :

  • Le journal estime que la guerre contre la drogue coûte chaque année 400 euros au contribuable britanique
  • Il y a chaque année 2595 décès liés à la drogue en Angleterre en 2016.
  • Les revenus générés par le trafic de drogues dans le monde sont de l’ordre de 236 milliards de dollar, ces revenus ne contribuent à rien d’autre qu’à alimenter le crime organisé et la misère des personnes dépendantes

Certains pays ont toutefois mis en place des législations assouplies en matière de drogue: le cas le plus parlant étant celui du Portugal qui a décriminalisé la détention de petites quantités de drogues ;ceci a donné lieu à une chute du nombre de morts liés à la consommation de drogues. Des pays comme les Pays-Bas, le Canada ont aussi décidé de prendre le contrôle sur la vente de cannabis ce qui a généré des taxes et donc des revenus à investir dans la prévention ou le soin.

Pendant ce temps, dans des pays comme l’Angleterre ou la France, de vastes sommes d’argent sont dépensées pour endiguer un trafic qui semble toujours avoir une longueur d’avance sur les autorités et qui, parallèlement, criminalise les usagers. Cet argent pourrait être utilisé pour contrôler la qualité des produits ou encore dans des traitements et des campagnes de sensibilisation.

La décision de la dépénalisation ne doit pas être assimilée à une perception « positive » de la drogue; au contraire ,une telle mesure pourrait mieux orienter les actions du système sanitaire et du système judiciaire en matière de drogues,  concentrant sur le les efforts sur le soin des malades et la répression sur le trafic et non sur les consommateurs.

Qu’un journal tel que le BMJ, faisant autorité dans la communauté scientifique, se prononce en faveur des mouvements de dépénalisation n’est pas anodin et prouve qu’il ne s’agit pas d’une lubie de consommateurs souhaitant «  se défoncer » librement. Il est en effet contre-intuitif que des représentants médicaux paraissent défendre la possibilité de consommer des produits potentiellement dangereux. Mais ce sont souvent les médecins qui peuvent évaluer les conséquences au moins aussi néfaste de la prohibition.

Une telle mesure apparaîtrait comme un véritable changement de paradigme dans les traitements judiciaires et sanitaires de l’usage de drogues. Pour que cela puisse se faire, une unité des professionnels de santé est indispensable pour faire entendre les bons arguments et organiser la prise en charge et la prévention autour des conduites addictives.

Le débat en France n’est pas encore posé de cette façon car il n’est, à l’heure actuelle, pas possible d’aborder sereinement cette problématique complexe en tenant à la fois compte des conséquences sanitaires de l’usage de drogues et des conséquences sociales de leur prohibition.

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