L’usage excessif des écrans n’est actuellement pas reconnu formellement comme un trouble addictif dans les classifications internationales. On ne peut donc pas réellement parler d’addiction aux écrans. Toutefois, il présente certains points communs avec d’autres troubles addictifs sans substances, comme le jeu d’argent pathologique ou le trouble du jeu vidéo. En particulier, l’usage excessif des écrans partage avec les addictions comportementales un certain nombre de caractéristiques comme la perte de contrôle sur l’usage, une priorité donnée aux écrans au détriment d’autres activités et la poursuite de l’usage malgré les conséquences négatives.
La personne concernée par un usage excessif des écrans ressent une envie incontrôlable de se connecter, de vérifier ses notifications… souvent en réponse à des émotions négatives : stress, anxiété, ennui, solitude, colère, frustration ou découragement. Et ce même lorsque la connexion n’est pas forcément appropriée : pendant le travail ou les cours, lors de repas en famille, durant les heures normales de sommeil… Si l’usage des écrans peut procurer une forme de soulagement ou de plaisir immédiat, il peut aussi entrainer un sentiment de culpabilité, de regret, voire de honte, surtout lorsque la personne s’était elle-même promise ou avait promis à ses proches de réduire son usage.
Si le comportement devient trop répétitif, il peut prendre une place centrale dans la vie de la personne et entrainer sur le long terme des conséquences négatives importantes (lien interne vers : les complications d’un usage excessif des écrans) : troubles du sommeil et conséquences associés sur la santé physique et mentale, délaissement des loisirs et autres activités sociales induisant un isolement social, conflits familiaux ou avec le milieu professionnel/scolaire quand l’usage déborde sur ces activités…
Usage excessif des écrans ou usage excessif sur les écrans ?
De multiples activités peuvent être réalisées sur les écrans : réseaux sociaux, communication personnelle ou professionnelle, jeux vidéo, streaming ou visionnage de vidéos, jeux d’argent, achats en ligne, recherche d’informations, cyberpornographie… Chaque usage a ses propres spécificités et on peut donc distinguer un usage excessif des écrans en général, et un comportent excessif dont le support est l’écran, mais dont l’objet est autre : jeu d’argent, jeu vidéo, pornographie…

Illustration créée avec l’aide de l’IA – ChatGPT, 2025
L’usage excessif des écrans
L’usage excessif des écrans renvoie à une relation problématique à l’objet écran en lui-même, c’est-à-dire que c’est l’écran qui devient le centre de l’attention et de la gratification, indépendamment du contenu ou de l’activité réalisée.
Dans ce cas de figure, la personne a besoin d’être en permanence “connectée” et consulte de façon compulsive son téléphone ou un autre écran. Elle est en incapacité de rester sans écran, ressent une forte angoisse en cas de privation (la « nomophobie ») ou fait un usage continu des écrans sans but précis. C’est donc un usage excessif non spécifique, centré sur l’écran et la stimulation qu’il procure : lumière, notifications, disponibilité permanente…
Les usages excessifs sur les écrans
Le plus souvent cependant, c’est l’activité (ou les activités) réalisée(s) sur l’écran qui pose(nt) problème par elle(s)-même(s). Dans ce cas de figure, ce n’est pas l’écran qui est l’objet de l’usage excessif, mais c’est le comportement réalisé : (jeu d’argent, jeu vidéo, pornographie, achats en ligne… qui est excessif.
L’écran sert juste de vecteur à cette utilisation. Il agit alors comme support technologique de comportements déjà potentiellement addictogènes (c’est-à-dire pourvoyeurs de conduites addictives), en amplifiant parfois ces comportements en raison de sa disponibilité, de son interactivité et de son pouvoir immersif.
Si on prend l’exemple du jeu d’argent pathologique, qui est une addiction comportementale reconnue, un joueur pathologique qui joue majoritairement en ligne n’est pas dépendant de l’écran, mais du jeu d’argent. L’écran ne fait qu’en faciliter l’accès et l’intensité.
Diagnostique et thérapeutique
En pratique, dans les centres de soins cliniques, c’est plutôt la deuxième situation qui est rencontrée, mais avec le développement massif du numérique, on peut s’attendre à une évolution dans le futur, où la multiplicité des activités réalisables sur écran rendrait difficile la distinction d’un usage excessif spécifique.
La distinction a pourtant un intérêt à la fois diagnostique et thérapeutique, car dans le cas d’un usage excessif des écrans, on peut travailler sur la gestion du temps d’écran, la désensibilisation à la stimulation numérique et la reconnexion à la réalité physique, tandis que dans le cas d’un usage excessif spécifique réalisé sur écran, la prise en charge ciblera la conduite addictive sous-jacente (jeu d’argent, jeu vidéo, sexualité, achats…) et non l’écran lui-même.
Pourquoi les écrans captivent-ils autant ?
Les écrans s’appuient sur trois puissants leviers psychologiques : le plaisir, la personnalisation, et la disponibilité permanente. Ensemble, ils entretiennent une forme de cycle de récompense qui retient notre attention bien plus longtemps qu’on ne le pense.
Le plaisir
Notre cerveau est naturellement programmé pour rechercher des sources de plaisir car dans l’évolution, cette quête a favorisé la survie : elle poussait nos ancêtres à chercher de la nourriture, à se reproduire et à explorer leur environnement.
Ainsi, à chaque comportement plaisant, le cerveau libère de la dopamine, une substance chimique associée à la récompense et à la motivation, générant une sensation de plaisir. Ce fonctionnement pousse la personne à répéter ces comportements, pour retrouver cette sensation agréable. Mais le cerveau s’habitue rapidement à une source de plaisir unique, et il faut chaque fois une source un peu différente ou un peu plus intense pour ressentir le même niveau de plaisir.
Ceci est vrai aussi pour les écrans : à chaque fois qu’une activité gratifiante est réalisée sur écran (recevoir une notification ou un like, visionner une nouvelle vidéo nouvelle…), le cerveau libère de la dopamine et génère une sensation de plaisir, que la personne va chercher à reproduire. C’est pour cette raison notamment que les personnes qui ont un usage excessif des écrans ont tendance à scroller (faire défiler du contenu sur un écran) de façon infinie, à effectuer des « refreshs » (rafraichir une page ou un fil d’actualités) permanents, ou à ouvrir leur téléphone sans raison précise, juste pour vérifier si une nouveauté est arrivée. L’incertitude sur ce qu’on va y trouver rend l’expérience stimulante et relativement addictive, et le cerveau anticipe en permanence une récompense à chaque nouveau contenu, chaque nouvelle connexion.
Ainsi, les écrans peuvent stimuler ce mécanisme de récompense naturellement présent chez tous les êtres humains, et dans certains cas mener à un usage excessif.
La personnalisation générée par les algorithmes
La personnalisation est une caractéristique relativement spécifique des écrans (par rapport à d’autres usages excessifs), générée par les algorithmes.
Ainsi, les principales plateformes (réseaux sociaux, jeux, vidéos, achats en ligne…) utilisent des algorithmes capables d’analyser nos comportements : ce qu’on aime, ce qu’on regarde, ce qu’on partage, combien de temps on reste sur une image ou une vidéo…
Les algorithmes sélectionnent en réponse à cette analyse les contenus les plus susceptibles de retenir notre attention : ce qui nous émeut, nous fait rire, nous choque, ou nous ressemble.
Ils ont alors un objectif simple : maximiser notre temps d’écran (et a fortiori, notre temps passé sur la plateforme en question). Le résultat de cette personnalisation extrême des contenus est une impression de constante nouveauté, qui entretient le plaisir ressenti et l’envie de poursuivre l’usage des écrans.
La disponibilité constante des écrans
Enfin, la disponibilité constante et sans effort des écrans, toujours à portée de main, dans notre poche, sur notre table, au travail ou pendant les cours, rend la tentation de l’usage quasiment impossible à éviter.
L’usage répond alors à un besoin humain fondamental : la gratification rapide (recherche de plaisir immédiat) et l’évitement de la frustration. Les écrans offrent une satisfaction instantanée : en un clic, on obtient ce qu’on veut tout de suite : une vidéo, une information, un message… Or, le cerveau aime cette récompense immédiate, car il n’a pas à faire d’effort ni à attendre.
Mais dans notre société moderne, les écrans exploitent ce besoin de façon quasi permanente, ce qui nourrit la culture de l’instantanéité : on s’habitue à ce que tout soit rapide, accessible et satisfaisant immédiatement.
L’usage excessif des écrans est aussi le symptôme d’un mode de vie accéléré, où tout va vite (le travail, la consommation, la communication). Nous avons de moins en moins de temps, et les technologies numériques s’adaptent à cette contrainte : elles promettent efficacité et rapidité, mais finissent par renforcer l’impatience et la dépendance à la stimulation continue. Cette logique alimente un cercle vicieux : plus tout est instantané, moins nous tolérons l’attente — et plus nous cherchons des sources de satisfaction immédiate.
Ainsi, dans un monde perçu comme incertain et stressant, les écrans offrent un espace de refuge où l’on peut reprendre le contrôle (en choisissant quoi regarder, quand et comment) à tout moment. Ce réconfort rapide peut soulager sur le moment, mais n’est pas durable dans le temps, et entretient là aussi sur le long terme le retour permanent aux écrans.
Par ailleurs, il n’existe pas de limite naturelle pour l’usage des écrans, contrairement aux activités pratiquées « en réel » où il existe des horaires d’ouverture. Sur les écrans, les contenus s’enchaînent sans fin, induisant une disponibilité permanente.
Enfin, chaque application est conçue pour rappeler sa présence via des notifications, alertes, vibrations, couleurs vives, design travaillé…
Ce mélange de plaisir facile et instantané, de contenus infinis et personnalisés, et de stimulations constantes crée ce qui pourrait être appelée une « dépendance douce » : on ne se rend pas compte du temps passé sur écran et on rencontre des difficultés à contrôler son usage.
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