Impact du contenu des messages de prévention chez les fumeurs et les non-fumeurs concernant les cigarettes à faible teneur en nicotine

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Addiction Tabac - Impact du contenu des messages de prévention chez les fumeurs et les non-fumeurs concernant les cigarettes à faible teneur en nicotine

Depuis de nombreuses années, la Food and Drug Administration (FDA) est chargée aux Etats-Unis de réguler le marché du tabac, ainsi que la teneur en nicotine et la publicité sur les produits du tabac. En 2015, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine (1) a comparé des cigarettes à faible teneur en nicotine à des cigarettes standard, données pendant 6 semaines : les auteurs avaient conclu qu’il n’y avait pas eu d’augmentation du taux de CO dans l’air expiré, ni du craving dans le groupe ayant fumé des cigarettes à faible teneur en nicotine.

L’industrie du tabac avait dans un premier temps eu recours aux cigarettes « light » (2), en précisant qu’elles étaient moins nocives pour la santé. Ce n’est qu’en 2010 qu’une loi a interdit la vente de cigarettes légères aux Etats-Unis, 7 ans après la France. En effet, les petits trous au niveau du filtre étaient facilement obstrués avec les doigts ou la bouche, et la profondeur et le nombre de bouffées étaient augmentées (phénomène d’autotitration bien connu).

C’est un sujet que nous avions abordé sur le site d’Addict’Aide  en 2019, lorsque la FDA avait décidé de soutenir cette approche de cigarettes faiblement dosées en nicotine.

Des études montrent que les cigarettes à faible teneur en nicotine sont perçues comme étant plus sûres, saines, à moindre risque pour la santé (3), ce qui n’aidera pas les fumeurs à arrêter de fumer et encouragera les non-fumeurs à se tourner vers ce type de produits.

Dans un article publié dans Tobacco Control le mois dernier, Melissa Mercincavage et ses collaborateurs ont voulu savoir si la marque et les avertissements sanitaires inscrits sur le paquet de cigarettes pouvaient influencer la perception de cigarettes à faible teneur en nicotine, auprès de fumeurs et de non-fumeurs.

Un plan expérimental à 2 facteurs a été utilisé (soit 6 situations expérimentales) :

– un facteur « marque » : « Moonlight », la marque de cigarettes à faible teneur en nicotine, ou un nom proche « Moonrise » avec le même nombre de lettres,

– un facteur « message » : absence de message / message de prévention de la FDA « la nicotine est addictive ; moins de nicotine ne signifie pas que c’est une cigarette moins nocive » / message tronqué « moins de nicotine ne signifie pas que c’est une cigarette moins nocive »

802 personnes (38 ans en moyenne, 58% d’hommes et 28,7% fumeurs de tabac) ont participé à cette étude : ils ont observé l’une des 6 présentations d’un paquet de cigarettes avec le nom d’une marque et un message (ou non) pendant 30 secondes. Ensuite, ils ont complété un petit questionnaire, où on leur demandait :

  • le nom de la marque de cigarettes, ainsi que le message sanitaire associé,
  • leur perception du risque associé à la nicotine affiché sur le paquet de cigarettes (« moins de nicotine », « moins de goudrons », « moins addictif »),
  • leur perception des risques sanitaires de ces cigarettes (« cancer du poumon », « maladie cardio-vasculaire », « emphysème », « BPCO »),
  • leur intention d’acheter ce produit, et
  • leur intention de l’utiliser s’il était distribué gratuitement.

 

Tous les participants (fumeurs et non-fumeurs) qui ont vu le message sanitaire de la marque (Smokelight) ont perçu le risque d’addiction plus élevé.

Les non-fumeurs qui ont vu le message sanitaire de la marque (Smokelight) ont perçu plus de risques sanitaires et ont rapporté moins de fausses-croyances sur le tabac et la nicotine.

Les fumeurs qui ont vu la marque « Smokelight » (vs « Smokerise ») ont perçu moins de risques sanitaires pour ces cigarettes.

Comme prévu, les fumeurs étaient plus nombreux que les non-fumeurs à acheter ces cigarettes et  à les consommer si elles leur étaient proposées gratuitement.

Le marketing de l’industrie a encore de beaux jours devant lui, et « 22nd Century Group » qui commercialise « Smokelight » propose même une version mentholée : moins de nicotine, mais du menthol pour accélérer le processus de dépendance nicotinique en désensibilisant les récepteurs nicotiniques. Quelle hypocrisie, non ?

 

 

Références bibliographiques

1 Donny E.C., Denlinger R.L., Tidey J.W. et al. (2015). Randomized trial of reduced-nicotine standards for cigarettes. N Engl J Med 373:1340–9.

2 Pollay RW, Dewhirst T. (2002). The dark side of marketing seemingly « Light » cigarettes: successful images and failed fact. Tob Control 11(Suppl 1):i18–31.

3 Denlinger-Apte RL, Joel DL, Strasser AA, et al. (2016). Low nicotine content descriptors reduce perceived health risks and positive cigarette ratings in participants using very low nicotine content cigarettes. Nicotine Tob Res:ntw320

Dr Philippe Arvers (1,2,3)

1 – Observatoire Territorial des Conduites à Risques de l’Adolescent (MSH-UGA)

2 – 7ème Centre Médical des Armées (Antennes de Varces et Chambéry)

3 – Institut Rhône Alpes Auvergne de Tabacologie (Lyon)

 

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