Pendant plus de 20 ans, Charlotte Moitessier pensait le shopping comme une manière de se sentir mieux, de tenir debout. Mais derrière les sacs, les vêtements et les achats compulsifs, se jouait autre chose : une quête de reconnaissance, d’estime de soi et de réparation.
Issue d’un milieu populaire, confrontée très tôt au deuil et aux écarts sociaux marqués, elle a construit, avec les vêtements, une relation intense, obsessionnelle, parfois honteuse. Pendant plus de deux décennies, le shopping a été sa béquille invisible, socialement acceptée, rarement interrogée.
Jusqu’au déclic, en janvier 2025 : Charlotte décide de faire une détox shopping. Ce geste radical marque le début d’une transformation profonde : une reprise de contrôle sur ses finances, son temps et sa vie.
Pour Marie Claire, elle raconte sans détour son parcours, les mécanismes de l’addiction au shopping, ses conséquences invisibles, mais aussi les outils concrets qui lui ont permis de s’en sortir, qu’elle détaille dans son ouvrage 4 fois sans frais, à paraître en mars 2026, aux Éditions First.
Un besoin de ressembler aux autres
« J’ai toujours été une enfant très coquette. J’aimais les jolies choses, les petites robes, les matières, les détails… Petite, j’adorais déjà les vêtements, les chaussettes en dentelle, les tenues soignées.
La bascule a eu lieu quand mon père m’a changée d’école pour des raisons pratiques. Je suis arrivée dans un établissement où les enfants étaient beaucoup plus fortunés que moi. Ça s’est vu immédiatement : les vêtements, les bijoux, les cartables, les chaussures…
Faire du shopping une priorité
Étudiante, j’étais souvent en difficulté financière, surtout après la perte de mon père à mes 18 ans. Je manquais parfois d’argent pour manger correctement, mais dès que j’avais une rentrée d’argent, elle partait immédiatement dans des achats.
Quand j’ai commencé à travailler comme journaliste dans un grand magazine féminin à Paris, le choc social a été immense. Je me retrouvais dans un milieu où tout le monde portait du cachemire, des sacs et des chaussures de marque. Moi, j’étais toujours la petite fille des quartiers populaires qui rêvait de ressembler aux autres. Le shopping rythmait mes journées.
Alors, j’ai commencé à acheter pour appartenir à ce monde. Le shopping rythmait mes journées. Le matin : les ventes privées. Le midi : les magasins. Le soir : encore du shopping. Je ne mettais rien de côté. Je payais mon loyer, et tout le reste passait dans des vêtements, des chaussures, de la beauté.
Je me souviens notamment d’une paire d’escarpins Miu Miu que je n’avais absolument pas les moyens de m’offrir. J’étais obsédée par certains objets. Je me projetais avec, persuadée qu’ils allaient réparer quelque chose en moi. L’achat procurait une gratification immédiate, mais très courte.
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