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Les réseaux sociaux au secours des addictions

L’épidémie actuelle de dépendance aux opioïdes en Amérique du nord est une crise sanitaire majeure. De 1999 à 2015, le taux de décès par overdose aux opiacés a triplé, passant de 16 849 à 52 404 décès par an, et la prévalence du trouble de l’usage d’opioïdes poursuit son augmentation, avec une estimation de 35 millions de personnes dans le monde selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

 

La prise en charge de cette pathologie est aujourd’hui plutôt bien codifiée et il existe un certain nombre d’outils à la disposition des thérapeutes. Les rechutes sont toutefois fréquentes, en particulier lorsque la qualité du soutien de l’entourage est mauvaise, ce qui est courant chez ces patients. Il convient donc, en parallèle de la prise en charge médicale et psychothérapeutique, de s’assurer d’un bon niveau de support social pour ces patients.

 

La plupart de ces patients ont, au moins initialement, un engagement assez faible dans les options de traitement traditionnelles. Ils ont donc parfois tendance à se tourner vers les réseaux sociaux pour obtenir des informations sur la pathologie et trouver du soutien auprès de leurs pairs. Sur ces plateformes en ligne, les individus sont libres de partager leurs expériences, d’afficher leurs questions, commentaires ou opinions. Elles peuvent aussi constituer une source abondante de témoignages spontané sur les expériences de consommation. Des études ont montré que ces usagers estiment trouver sur ces réseaux un espace interactif moins stigmatisant, ou il est plus facile de s’exprimer.

 

Les réseaux sociaux prennent une part de plus en plus importante dans la vie quotidienne et sont devenus de vrai lieu de discussion et d’entraide en matière de santé.  Les auteurs de cette publication ont essayé de comprendre les mécanismes de ces groupes centrés sur le trouble d’usage d’opiacés. Ils ont examiné de manière transversale le contenu généré par un de ces groupe ciblant les personne se rétablissant d’un trouble de l’usage d’opiacés sur le réseau Reddit.

 

Sur les 100 messages étudiés, 73 auteurs ont été identifiés. D’après l’analyse des messages, 22% d’entre eux présentaient un trouble de l’usage léger, 10% un trouble modéré, 1% un trouble sévère, tandis que 26% n’évoquait qu’un seul critère diagnostic du DSM 5 et 41% n’en évoquait aucun. Les critères les plus souvent cités étaient l’utilisation du produit malgré des problèmes interpersonnels ou sociaux, l’utilisation plus importante que prévue du produit, le désir persistant ou les efforts infructueux d’arrêter et enfin l’existence de symptômes de sevrage.

D’après l’analyse des messages, 43% étaient des demande de conseils, 24% de soutien, et 19% fournissaient des conseils aux membres du groupes. 22% mentionnaient les substances psychoactives et 15% seulement évoquaient l’aide médicale d’un professionnel de santé.

Ces messages ont donné lieu à 524 commentaires abordant quasiment tous différents aspects de soutien : encouragements, validation du parcours, partage d’histoires personnelles ou conseils.

 

D’après ces résultats, les communautés de soutien en ligne semblent donc être un support complémentaire intéressant qui pourraient être utilisé de manière plus concrète dans les campagnes de prévention et d’information en addictologie, dans le respect de l’anonymat et de la vie privée pour préserver le caractère non stigmatisant de ces plateformes.

Par Julien Cabé

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