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Les usagers d’opioïdes savent-ils répondre aux situations d’overdose ? une étude qualitative des actions et décisions prise en situation d’overdose parue dans la revue Addiction

Le nombre de morts par overdose dans le monde est d’environ 100 000 par an et a tendance à augmenter. La plupart de ces décès sont dû à la consommation d’opioïdes

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La naloxone, antagoniste des opioïdes, est utilisée en urgence lors d’une overdose pour contrer les effets de la substance, notamment au niveau respiratoire. Connu dans le monde anglo-saxon sous le terme  de Take Home Naloxone (THN), cet antidote est maintenant disponible pour les personnes consommatrices d’opioïdes.

La mise en œuvre des programmes THN est soutenu par l’OMS et l’ONU. Il ne se limite pas à la délivrance de naloxone, car il encourage aussi à l’information des usagers d’opioïdes et l’augmentation de leurs connaissances sur le sujet, et à leur formation à l’utilisation de naloxone avec l’objectif final diminuer la mortalité. Les aprioris sur cette population, la stigmatisation globale de leur capacité à agir sur leur état de santé, entravent l’implantation des programmes THN. Les usagers ayant eu même peur de l’image qu’ils renvoient ou d’être arrêtés par les forces de l’ordre.

Cette étude visait donc à avoir plus d’information quant aux compétences des usagers à utiliser la naloxone lorsqu’ils sont témoins d’une overdose afin d’optimiser les programme THN. Il s’agissait d’une étude monocentrique, qualitative, randomisée contrôlée sur l’information donnée aux usagers d’opioïdes (certains participants ayant un enseignement court et d’autres un enseignement approfondit) et l’utilisation de la naloxone qu’ils en font afin d’évaluer leur compétence lors de la prise en charge d’overdose.

De janvier 2016 à octobre 2017, 45 personnes ont rapporté avoir été témoins d’une overdose, 39 ont été inclus dans l’étude. Ils avaient tous une histoire récente de consommation d’héroïne et 14 étaient encore injecteurs, 19 rapportaient avoir déjà fait l’expérience d’une overdose. 36 patients ont administré de la naloxone lorsqu’ils ont été témoin d’une overdose, 29 ont appelé les secours. 38/39 des personnes prises en charge ont été réanimée, on ne sait pas la finalité du dernier cas.

Cinq étapes de prise en charge d’une overdose ont été définie pour cette étude : l’identification des signes d’overdose (en lien avec la victime, l’environnement, l’expérience personnelle du participant), la mobilisation de l’environnement pour aider à la prise en charge (contrôler la situation, composer le 911), la capacité à suivre les premières instructions de prise en charge notamment celles enseignées lors du programme, l’administration de naloxone (indication, intervalle, dose, assemblage du kit) et enfin la prise en charge post réanimation (position du sujet, accès aux soins médicaux, accompagnement). Les participants ont donc été interrogé sur ces cinq étapes afin d’évaluer leur compétence.

Il ressort de l’étude que les compétences à prendre en charge une overdose lorsqu’un participant en été témoin dépendent des capacités cognitives, des réactions émotionnelles, des réactions interpersonnelles et du contexte de l’overdose. Les facteurs sociaux corrélés à l’utilisation de drogues (criminalité, pauvreté, etc.) ne peuvent être séparé de l’aspect médical pur mais n’entravent pas la volonté des participants à vouloir aider leurs paires voir sont source de motivation pour devenir un bon citoyen malgré la stigmatisation.

L’analyse des axes montre que les expériences personnelles des usagers sont utiles pour repérer les signes d’overdoses, prendre en charge les victimes et anticiper les signes de sevrage, notamment l’agressivité. Par ailleurs, grâce a l’enseignement prodigué, ils se sont souvent sentis plus habilités à prendre en main la situation, utilisant les nouvelles connaissances acquises et ont mis de côté les stratégies sans preuves qu’ils pouvaient mettre en œuvre auparavant, comme par exemple donner du lait à la victime. Les sujets ayant fait eu même une overdose pourraient jouer un rôle important dans les programmes THN en sensibilisant les autres usagers sur les signes, les risques et la prise en charge de leurs pairs.

Un des biais de cette études et qu’il manque les données concernant les sujets n’ayant pas su prendre en charge une overdose malgré l’enseignement initial, ceci empêchant la généralisation des conclusions. Par ailleurs, il n’y a pas d’analyse réalisée sur le type d’enseignement reçu par les sujets, bref ou approfondit.

Pour conclure, il semble que la prise en charge des overdoses par les usagers nécessite des compétences pratiques, acquises par la formation des sujets, et des compétences sociales dont l’envie d’aider l’autre, de savoir prendre des décisions et faire preuve d’empathie et d’anticipation notamment concernant les symptômes de sevrage. Malgré la stigmatisation dont souffrent les usagers de drogues, il semble évident qu’ils sont, à condition d’information, capables, soucieux et motivés à sauver la vie de leur semblables.

Par

Constance BAHEUX, interne en psychiatrie, Lyon
Christophe ICARD, Service Universitaire d’Addictologie de Lyon
Benjamin ROLLAND

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