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L'évolution du trouble d'usage de cannabis chez les adolescents, après la légalisation en Californie

Une étude publiée dans Addiction.

Cannabis
L'évolution du trouble d'usage de cannabis chez les adolescents après la légalisation en Californie
Crédit photo : Magnific
La légalisation du cannabis à usage récréatif constitue une évolution importante des politiques publiques relatives aux substances psychoactives aux États-Unis. Bien qu’elle concerne uniquement les adultes, elle pourrait également avoir des conséquences indirectes chez les adolescents, chez qui la consommation de cannabis demeure interdite.
La légalisation peut en effet modifier l’environnement dans lequel les jeunes évoluent, notamment en augmentant la disponibilité et la visibilité du cannabis, en diversifiant les produits disponibles et en modifiant les normes sociales ou la perception des risques associés à sa consommation. Ces évolutions soulèvent des préoccupations particulières en santé publique, compte tenu de la plus grande vulnérabilité des adolescents aux conséquences d’une consommation régulière ou problématique de cannabis.
Dans ce contexte, l’évaluation des effets de la légalisation ne devrait pas se limiter à mesurer la proportion d’adolescents consommant du cannabis, mais devrait également s’intéresser aux formes problématiques de consommation et, en particulier, au trouble de l’usage de cannabis (cannabis use disorder, CUD).

Cette étude avait pour objectif d’examiner l’évolution de la fréquence des nouveaux diagnostics de trouble de l’usage de cannabis chez les adolescents en Californie après la légalisation du cannabis récréatif.

Les auteurs ont utilisé les données du système de soins Kaiser Permanente Northern California et ont étudié les adolescents âgés de 13 à 17 ans suivis entre janvier 2014 et février 2020. Au total, 637 461 adolescents ont été inclus, ce qui constitue l’un des principaux points forts de cette étude. Leur âge moyen était de 14,1 ans, environ la moitié étaient de sexe masculin et les deux tiers appartenaient à des groupes raciaux ou ethniques autres que les Blancs non hispaniques.

Les auteurs se sont intéressés à deux étapes importantes de la légalisation en Californie. La première était l’adoption de la légalisation du cannabis récréatif, le 9 novembre 2016. Cette réforme autorisait notamment chez les adultes la possession de cannabis et sa culture à domicile, et réduisait certaines sanctions concernant la possession de cannabis par des mineurs.

La seconde étape était l’ouverture effective du marché légal du cannabis récréatif, avec le début des ventes le 1er janvier 2018. Les chercheurs ont ensuite suivi, mois après mois, le nombre de nouveaux diagnostics de trouble de l’usage de cannabis enregistrés dans les dossiers médicaux électroniques. Ils ont comparé les tendances observées avant et après ces deux étapes de la légalisation, en prenant également en compte le fait que les conséquences d’un changement législatif peuvent n’apparaître qu’après plusieurs mois.

Avant la légalisation, les nouveaux diagnostics de trouble de l’usage de cannabis chez les adolescents étaient en diminution, à un rythme d’environ 5 % par an. Cette évolution s’est toutefois modifiée après l’adoption de la légalisation. Environ six mois après celle-ci, la tendance s’est significativement inversée : alors que les diagnostics diminuaient auparavant, leur fréquence a commencé à augmenter. Le changement observé était important, avec une modification de tendance estimée à environ 26 %. Cette augmentation s’est poursuivie pendant la période précédant puis accompagnant l’ouverture du marché légal du cannabis.

La situation a ensuite évolué après le début des ventes légales de cannabis récréatif en janvier 2018. Environ six mois après l’ouverture du marché, les auteurs ont observé un ralentissement significatif de l’augmentation des nouveaux diagnostics. Ceux-ci ont continué à augmenter légèrement au cours de la période suivante, mais cette augmentation n’était plus suffisamment nette pour être considérée comme statistiquement significative.

Globalement, les résultats montrent donc surtout une rupture avec la situation observée avant la légalisation : les troubles de l’usage de cannabis diagnostiqués chez les adolescents étaient auparavant en diminution, puis cette tendance s’est inversée après l’adoption de la légalisation. L’augmentation observée a persisté au cours des années suivantes, y compris après l’ouverture des points de vente légaux.

Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Cette étude montre une association temporelle entre la légalisation du cannabis récréatif et l’évolution des diagnostics de trouble de l’usage de cannabis chez les adolescents, mais elle ne permet pas d’affirmer que la légalisation est directement responsable de cette augmentation.

Plusieurs mécanismes pourraient contribuer aux évolutions observées. La légalisation peut notamment accroître la disponibilité du cannabis dans l’environnement familial et social, modifier la perception de sa dangerosité, favoriser sa normalisation ou augmenter l’exposition des adolescents aux produits et aux messages liés au cannabis. Par ailleurs, une évolution des pratiques de dépistage, du recours aux soins ou du diagnostic pourrait également expliquer une partie de l’augmentation observée dans les dossiers médicaux.

Cette étude souligne finalement l’importance de ne pas évaluer les conséquences de la légalisation uniquement à partir de la proportion d’adolescents déclarant avoir consommé du cannabis. Une absence d’augmentation importante de la prévalence globale de consommation pourrait en effet masquer une évolution défavorable chez certains jeunes, avec davantage de consommations régulières, problématiques ou répondant aux critères d’un trouble de l’usage de cannabis. Le suivi des diagnostics de trouble de l’usage apparaît donc comme un indicateur complémentaire particulièrement pertinent.

Les politiques de légalisation devraient ainsi s’accompagner d’une surveillance spécifique des conséquences chez les mineurs, ainsi que de mesures de prévention visant à limiter leur accès aux produits, leur exposition au marketing et la banalisation des risques associés à la consommation de cannabis pendant l’adolescence.

Résumé réalisé avec ChatGPT, relu et complété par Benjamin ROLLAND