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"Quand je n'avais plus de sous, le site en question m'offrait une mise gratuite" : enquête sur l'emprise des sites de paris sportifs sur les joueurs excessifs

Le sport reste le domaine d’activité économique le plus lucratif pour les plateformes en ligne. Plus de 11 milliards d’euros ont été misés en France par des joueurs en 2025. Certains d’entre eux reconnaissent se sentir sous emprise.

Jeux d’argent et de hasard
Quand je n'avais plus de sous le site en question m'offrait une mise gratuite enquête sur l'emprise des sites de paris sportifs sur les joueurs excessifs
Freepik

Ce soir-là, pour le match du PSG, certains supporteurs ont plus à perdre ou à gagner que d’autres : tous ceux qui ont parié sur des sites en ligne. « [J’ai misé] 10 euros. Je reste raisonnable. On mise 10 euros, on ne mise pas sa vie non plus », sourit un homme. « Honnêtement, je suis plutôt en déficit, mais vu que je parie raisonnablement, ce n’est pas grave, ça ne me dérange pas », glisse un autre. D’autres misent plus, surtout qu’ils sont incités par les plateformes de multiples manières. « Ils proposent des promos, on fait gagner des jetons gratuits. C’est plus facile pour pouvoir parier », explique un amateur.

11,5 milliards d’euros de paris en 2025

Winamax, BetClick, Unibet… Ces plateformes attirent de plus en plus de joueurs pour des montants astronomiques : 11,5 milliards d’euros en 2025, soit +12 % par rapport à l’année d’avant. La mise moyenne par joueur est de 2 186 euros par an. Comme un jeune homme, qui a préféré rester anonyme. En trois ans, il a perdu plusieurs dizaines de milliers d’euros. Il l’affirme, il était encouragé à perdre : « Concrètement, quand je n’avais plus de sous, le site en question m’offrait des free bet. C’est une mise gratuite qu’ils nous donnent. Ça pouvait varier, jusqu’à 50 euros une fois toutes les deux semaines. J’ai eu plusieurs fois 100 euros. Mais c’est vrai que ça venait à répétition surtout quand on est perdant, en fait. »

De l’argent, mais aussi des cadeaux pour continuer à miser. Les deux tiers de son salaire y passaient. « On m’a invité à une soirée dans une grande villa parisienne, et puis ils nous vendaient la chose : vous allez passer une soirée inoubliable parce que vous êtes quelqu’un pour nous de précieux. Ils m’ont aussi invité au parc des Princes pour mon anniversaire, en tribune présidentielle. Mais c’est vrai que cette période-là, j’étais vraiment énormément perdant, et c’est la chose qu’ils ont trouvé à faire pour continuer à me garder chez eux« , affirme l’ancien joueur.

« Les joueurs perdants, chez nous en tout cas, on les appelait les fish »

Comme lui, 15% des parieurs sont des joueurs problématiques ou excessifs. Un ancien salarié a accepté de livrer à France Télévisions les secrets des plateformes, et la manière dont les perdants à répétition étaient considérés. « Les joueurs perdants, chez nous en tout cas, on les appelait les fish, donc les poissons. Je pense que l’image, c’est : on met l’hameçon et puis ça mord, en fait. Donc les fish, ou les pigeons« , assure Sébastien Jung, consultant en informatique.

Il a gardé de nombreux contacts dans son ancienne entreprise. « Aux dernières nouvelles, aux derniers échanges, il y a très peu de choses qui ont changé. Des fois, c’est sur la forme que ça a changé, mais tout est encore plus en sous-marin. C’est un modèle économique. Il faudra de toute façon plus de joueurs perdants que de gagnants », poursuit Sébastien Jung.

En savoir plus : www.franceinfo.fr.