Contexte : Le handicap fonctionnel constitue un critère central dans le trouble de l’usage de l’alcool (TUAL), mais ses déterminants restent encore mal connus. Le World Health Organization Disability Assessment Schedule 2.0 (WHODAS 2.0) fournit une mesure standardisée du handicap et des limitations fonctionnelles, mais les facteurs qui leur sont associés dans les populations présentant un TUAL demeurent peu étudiés.
Méthodes : Nous avons analysé les données initiales de la cohorte prospective QUALIFACT, qui a inclus 157 patients récemment sevrés d’un TUAL entre avril 2021 et mars 2024 dans trois centres spécialisés en addictologie en France. Le handicap fonctionnel a été évalué à l’aide de la version à 12 items du WHODAS 2.0. Des variables cliniques, psychiatriques et rapportées par les patients ont été recueillies, incluant les critères DSM-5 du TUAL et l’échelle de qualité de vie liée à l’alcool (Alcohol Quality of Life Scale, AQoLS). Afin d’identifier les prédicteurs du handicap, nous avons utilisé un outil statistique complexe, c.à.d., une régression linéaire pénalisée avec régularisation « elastic net », combinée à une validation croisée imbriquée, afin d’assurer la robustesse du modèle.
Résultats : Cinq prédicteurs ont été systématiquement retenus dans les modèles prédictifs : le trouble dépressif caractérisé (TDC), le syndrome psychotique, la dimension « Activités » de l’AQoLS, tout trouble anxieux, et le trouble de la personnalité antisociale. Parmi eux, le TDC et le syndrome psychotique étaient les facteurs les plus fortement associés à des scores élevés de handicap. Fait notable, aucun marqueur de sévérité du TUAL, tel que les critères DSM-5, n’a été retenu comme prédicteur.
Le handicap dans le TUAL semble principalement déterminé par les comorbidités psychiatriques et les limitations fonctionnelles perçues par les patients, plutôt que par les marqueurs traditionnels de sévérité du TUAL. Ces résultats suggèrent que le WHODAS 2.0 capte des dimensions du retentissement fonctionnel qui ne sont pas reflétées par les critères du DSM-5 et soulignent l’importance d’une évaluation spécifique du handicap, et d’approches de soins intégrées.
Par Louis-Ferdinand LESPINE et Benjamin ROLLAND
En savoir plus : https://academic.oup.com/alcalc/article-lookup/doi/10.1093/alcalc/agag026