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TABAC / Pas d’augmentation de l’âge d’expérimentation de la cigarette depuis 20 ans, selon une étude néerlandaise réalisée sur 4 cohortes successives

Depuis une trentaine d’années, les nombreuses mesures politiques destinées à lutter contre le tabac ont connu certains succès, notamment une réduction globale de la prévalence du tabac, la réduction globale de la consommation moyenne, et l’arrêt beaucoup plus précoce de l’usage que dans le passé. Malheureusement, ces mesures ont été globalement inefficaces à réduire ou retarder l’usage de cigarette chez les adolescents. On sait pourtant que l’âge de début d’usage de tabac a en soi un aspect de sévérité, et certaines études retrouvent une association avec la difficulté ultérieure à arrêter le tabac (ce point reste contesté toutefois).

 

Dans le journal Addiction de ce mois-ci, les équipes néerlandaises de Maastricht et Amsterdam viennent de fournir des données épidémiologiques complémentaires de cet échec global de santé publique. Ils ont regardé l’âge d’expérimentation de cigarettes au sein de quatre cohortes de sujets nés respectivement entre 1980 et 1995. Quel que soit l’âge de naissance, les auteurs ont retrouvé que chez les fumeurs, 2/3 avaient commencé entre 12 et 16 ans.

 

Les auteurs font toutefois un autre constat peut-être plus inquiétant encore. En fait, l’âge d’expérimentation a été retardé… chez les sujets issus de familles aisés. Au contraire, il a baissé chez les adolescents issus de familles plus défavorisées. Ce constat, parmi beaucoup d’autres valide l’idée que le tabac devient une « maladie de pauvres ». La stigmatisation croissante des fumeurs agit sur les milieux les plus éduqués et cantonne de plus en plus l’image du fumeur à celle du « prolo ». On retrouve exactement ce même phénomène pour le surpoids et l’obésité. Alors que les couches supérieures prennent (ou peuvent prendre) davantage le temps de s’occuper de leur condition physique, de leur santé, et de leur alimentation, l’obésité comme le tabac semblent désormais des fléaux particulièrement développés au sein des couches plus populaires de la société. Les raisons à cela sont certainement nombreuses et peut-être davantage politiques que médicales. Mais cet état de fait doit être connu et mis en avant par les spécialistes, en particulier par le milieu addictologique.

Benjamin Rolland 

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