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TABAC / Pourquoi les fumeurs de menthol ont-ils plus de difficultés à arrêter ? Une étude originale dans Neuropsychopharmacology

Les fumeurs de menthol sont moins susceptibles d’arrêter de fumer que les fumeurs de cigarettes classiques. Il a été décrit que les jeunes consommateurs de cigarette menthol avaient deux fois plus de risque d’évoluer vers un tabagisme chronique que les fumeurs de cigarettes non mentholées. De plus, avec les cigarettes électroniques, le taux de consommation de produits aromatisés est en augmentation, particulièrement chez les jeunes consommateurs. Il est ainsi important de comprendre comment le menthol et les autres arômes de tabac altèrent la récompense à la nicotine.

Les neurones de l’aire tegmentale ventrale (ATV) avec des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine contenant les sous-unités α4, α6, et β2 régulent l’addiction à la nicotine. En effet, une régulation positive de ces récepteurs est considérée comme un biomarqueur de l’addiction. Or, les fumeurs de menthol présentent une régulation positive plus importante des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine par rapport aux fumeurs de cigarettes non mentholées. Il a également été décrit que le menthol augmentait le sevrage à la nicotine et l’auto-administration de nicotine intraveineuse chez le rat. Le menthol seul est à l’origine d’une régulation positive des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine contenant les sous-unités α4 et α6 présents dans l’ATV et dans la pars compacta de la substance noire. De même, le menthol altère directement les neurones du mésencéphale.

En utilisant un modèle murin, les auteurs ont montré que le menthol favorisait les modifications induites par la nicotine sur les récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine exprimés dans les neurones dopaminergiques de l’ATV. Le menthol associé à la nicotine était à l’origine d’une régulation positive plus importante du nombre et de la fonction des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine que la nicotine seule. Le menthol augmentait également les modifications induites par la nicotine en ce qui concerne l’excitabilité des neurones dopaminergiques. Dans un test de préférence de place conditionnée, les auteurs ont observé que le menthol associé à la nicotine produisait plus de comportements associés à la récompense que la nicotine seule. Les résultats de l’étude associaient les modifications des neurones dopaminergiques du mésencéphale à la majoration des comportements associés à la récompense de nicotine.

Ces résultats, associé aux données connues que le menthol augmente le sevrage à la nicotine et l’auto-administration de nicotine, peuvent nous aider à comprendre pourquoi les fumeurs de menthol arrêtent moins fréquemment.

Par Louise Carton

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