Interview du mois : Philippe Jeammet, psychiatre

11 mars 2016

Ce mois-ci, nous avons choisi de poser quelques questions au Professeur Philippe Jeammet qui est psychiatre et qui a dirigé pendant lontemps le service de psychiatrie des adolescents et des jeunes adultes de l’Institut Mutualiste Montsouris à Paris.

Souvent on confond « stress » et « angoisse », quelle est la différence entre les deux ?

L’angoisse est une peur sans origine manifeste alors que le stress est très lié à une situation particulière. Il est plus une réponse à une situation donnée, alors que l’angoisse est un sentiment de peur qui vous envahit sans qu’on arrive à la ramener à une cause précise. Cette imprécision est inquiétante. L’angoisse se manifeste souvent par des signes physiques : le ventre noué, la gorge serrée, un point sur le coeur.

On parle d’angoisse et de crise d’angoisse, s’agit-il de deux choses différentes ?

La crise, c’est quelque chose de plus aigüe que l’angoisse, plus paroxystique. Mais sinon, c’est la même chose. La crise va donner un sentiment de débordement, de perdre pied encore plus important que dans l’angoisse banale. En fait, la crise c’est quand l’angoisse dépasse un certain seuil. Elle a un caractère soudain et aigüe pendant plus ou moins longtemps alors qu’on peut se sentir angoissé de manière continue avec les expressions physiques que j’évoquais avant.

A partir de quand peut-on dire que l’angoisse n’est plus un phénomène normal ?

Quand on se sent handicapé par elle. Ce qui fait son anormalité est alors son caractère envahissant, la perte de liberté. On se sent contraint par l’angoisse alors que, quand elle est normale, elle peut même être stimulante. Il ne faut pas que l’angoisse devienne une gêne.

Voyez-vous en consultation beaucoup d’adolescents angoissés ?
Oui, mais cette angoisse est quand même à l’arrière-plan de beaucoup de difficultés qui amè nent à consulter. Elle n’est pas toujours ni très aigüe, ni perçue comme une gêne parce qu’il y a d’autres manifestations à côté. Mais elle est en général présente.

L’adolescence est-elle une période où il y a des angoisses particulières ?

Oui, parce que l’adolescence est une période de changements. Or le changement, c’est l’inconnu et l’inconnu a tendance à faire peur. Souvent, comme sur un paratonnerre, l’angoisse va se fixer sur un sujet d’inquiétude qui est assez souvent l’apparence physique. Quand on a une partie du corps qui ne convient pas, qui ne correspond pas à ce que l’on voudrait : le nez, les oreilles, le visage, le ventre, les jambes. Il y a souvent des fixateurs de l’angoisse. La peur de rougir par exemple. C’est particulièrement présent à l’adolescence du fait de tous les changements corporels.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Quand la gêne devient importante et que l’angoisse est un handicap, qu’elle prend la tête, qu’elle est excessive sans aucune raison. Il faut voir que si l’angoisse est gênante, elle n’est pas en elle-même pathologique. Elle est aussi le signe d’envies. Si on est angoissé, c’est qu’on a des envies et que ces envies suscitent des peurs. Mais avoir des envies, c’est bon signe ! Il faut apprendre à ne pas en avoir peur. Pourquoi les envies peuvent faire peur ? Parce qu’on a peur qu’elles nous débordent, parce qu’on ne connait pas bien la nature de ces envies, parce qu’il y a des envies contradictoires, parce qu’on a peur de ne pas y faire face… C’est souvent la peur de ne pas être à la hauteur de ses envies qui suscite l’angoisse.
C’est là qu’on peut être aidé en comprenant qu’on peut avoir confiance en soi, faire face à ses envies, les connaître mieux et ne pas avoir peur qu’elles nous débordent !

Merci beaucoup à Philippe Jeammet pour cette interview.

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