“White lines“ - 
La nouvelle série du créateur de « La casa de Papel

Sur toile de fond de trafic de cocaïne et d’enquête suite à un meurtre, le téléspectateur découvre l’île d’Ibiza au temps de sa folie « psychoactive » et de ses univers festifs techno des années 90. Une série en 10 épisodes diffusée sur Neflix et réalisée par Alex Pina.

Addiction  - “White lines“ - 
La nouvelle série du créateur de « La casa de Papel

Bien entendu, ces lignes blanches font référence à la poudre floconneuse de la même couleur – poudre que beaucoup snifferont au cours de ces dix épisodes – mais pas seulement… Il est question aussi de cette ligne blanche que représente la bonne conduite et dont on questionne ici les entorses. Ces pas de côté qu’un certain Axel Collins, jeune anglais originaire de Manchester, fera à Ibiza, au milieu des années 90, et qui le conduiront à sa perte…

En 2019, un corps momifié refait son apparition suite à un glissement de terrain dans le désert d’Almeria, sur la côte andalouse dans le Sud de l’Espagne. C’est celui d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, disparu de la circulation il y a plus de vingt ans. Tout indique qu’il ait été en fin de compte assassiné, mais l’identité du tueur reste à déterminer sans qu’il soit possible, quoi qu’il arrive, de le poursuivre, la prescription opérant… Alors, pour en savoir plus, impossible de compter sur la police locale. Cette tâche, qui deviendra un fardeau, c’est Zoé, la soeur cadette d’Axel, qui va la porter avec beaucoup de pugnacité jusqu’au bout des dix épisodes. C’est le temps qui lui est accordé en quelque sorte pour enquêter et essayer de découvrir qui a bien pu vouloir faire du mal à son frère aîné il y a vingt ans de cela. Laissant à Manchester son mari et sa fille de quatorze ans, Zoé décide de s’installer à Ibiza pour en savoir plus sur les aventures macabres d’un grand frère qu’elle vénérait adolescente…

La jeune femme, bibliothécaire, plutôt respectueuse des règles et soucieuse de ne pas s’écarter du droit chemin, va tomber de haut. Elle devra faire face à une réalité bien moins paisible que celle qu’elle vit à Manchester, et sera confrontée à des situations, des personnalités, des modes de fonctionnement et des événements du passé qui la dépassent totalement… Le corps de son frère Axel a été retrouvé sur l’un des terrains de la famille Calafat, propriétaires de nombreux clubs sur l’île, clubs dans lesquels ils “organisent la vente de stupéfiants“, comme ils disent, pour ne pas employer le mot de trafiquants et se donner bonne conscience. La vente est assurée par des dealers locaux qui se fournissent comme ils peuvent et où ils peuvent. Les Calafat leur offrent un espace de vente, garantissent à leur clientèle festive la qualité des produits à disposition, et récupèrent une partie des gains… Bien entendu, cette famille ne sera pas sans lien avec la mort d’Axel, puisque le jeune homme couchait avec la mère et la fille, et côtoyait le fils et le père. Axel était devenu un DJ techno à succès dans les années 90, avait créé plusieurs clubs à Ibiza, clubs qu’il a ensuite revendus aux Calafat… Cette famille, bien implantée localement, n’est pas la seule à laquelle Zoé aura affaire. La jeune femme retrouve sur cette île réputée et à la mode les anciens camarades de jeu et amis d’enfance d’Axel. Ils se sont impliqués dans la création de ces clubs à leur arrivée, et n’ont pas quitté l’île depuis. Il y a Marcus qui continue à mixer dans un des clubs des Calafat et participe au deal de cocaïne. Puis Anna, son ex-femme qui organise désormais des soirées orgiaques pour les touristes qui en ont les moyens ; et enfin David qui gagne confortablement sa vie en tant que guérisseur New Age et propose d’ouvrir de nouveaux horizons et “les portes de la perception“ à celles et ceux qui sont prêts à ingérer des substances psychédéliques comme l’ayahuasca ou à se faire injecter une sécrétion de crapaud mexicain (le fameux Bufo alvarius) qui contient un alcaloïde aux propriétés hallucinogènes… Les trois ex-amis d’Axel en apprendront beaucoup à Zoé sur leur mode de vie tumultueux des années 90 où la défonce à toutes sortes de psychotropes semblait incontournables de l’univers festif techno, et ce sans que la modération et la réduction des risques ne soient réellement au rendez-vous. Axel faisait partie des meneurs, ou des ambianceurs, comme on dit, prêt à se brûler les ailes pour se sentir libre. Mais la liberté aura un prix, celui d’y laisser sa vie quand l’entourage n’aura plus, le succès financier aidant, les mêmes aspirations… 

Zoé, dans ce monde qu’elle découvre avec des fantômes du passé qui resurgissent, encaissera les vérités les unes après les autres, et lâchera prise petit à petit, sans vraiment avancer dans son enquête. Dans cette quête de vérité, elle s’embarquera dans des problèmes à répétition, se mettra en danger et mettra en danger son entourage… Ici, le trafic de cocaïne en toile de fond n’est pas traité avec le sérieux qui lui est souvent réservé. Les parties prenantes et leurs mésaventures sont abordées avec une pointe de décalage humoristique, ce qui met à distance la problématique du deal. On se concentre ici sur celle de la défonce et l’état d’esprit qui l’accompagne, des limites à poser ou pas et de l’impact de ces usages à répétition sur les rapports humains et la vérité qui s’en dégage. On présente dans cette série télévisée l’un des aspects le plus sulfureux sûrement du milieu festif des clubs techno des années 90, aspect associé à une jeunesse en quête de sensations fortes qui vit au jour le jour, et profite du moment présent sur une île qui a su se faire une réputation. Ces usages de Spring Break espagnol, vécus à la vingtaine, sont remplacés vingt ans plus tard par des consommations plus “thérapeutiques“ de quadras en quête de renaissance, de vérités, et de paix, mais qui entretiennent malgré tout cette nostalgie des 90’s, et la “folie psychoactive“ présente dans certains milieux. Cette folie est incarnée ici par un jeune homme blond à la gueule d’ange, qui donnera beaucoup de plaisir aux autres, mais leur en fera voir aussi de toutes les couleurs, avant de s’éteindre tragiquement… 

Thibault de Vivies

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