CANNABIS / Oussama Kebir : Dépendance au cannabis : hypothèse pharmacocinétique

Cannabis / 14 juin 2017

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Addiction Cannabis - CANNABIS / Oussama Kebir : Dépendance au cannabis : hypothèse pharmacocinétique

Le cannabis serait la substance psychoactive qui illustre le plus clairement la question des facteurs individuels dans l’apparition d’une dépendance. Cette grande variabilité inter-individuelle se lit à travers une extrême diversité des effets ressentis mais également d’une perception sociétale divisée concernant les troubles liés à son usage. Cette hétérogénéité est le fait aussi d’un produit complexe : par sa chimie, sa pharmacocinétique, son action réceptorielle, son rôle dans la maturation cérébrale et ses effets épigénétiques. Ainsi, le lien physiopathologique entre le cannabis et l’installation d’une dépendance est plus complexe et moins trivial que le sont les modèles explicatifs proposés pour l’alcool, le tabac, les opiacés ou les psychostimulants.

 

Il est important de noter que les niveaux sanguins des cannabinoïdes après consommation (THC, 11-OH-THC et THC-COOH) varient en fonction de facteurs pharmacocinétiques. En particulier, la glycoprotéine P, aussi appelée P-gP est un transporteur transmembranaire qui agit comme une pompe capable d’expulser des substrats spécifiques comme de nombreux médicaments comme les antidépresseurs ou les antiviraux. Les variations d’activité de P-gP peuvent participer à un phénomène de résistance thérapeutique. D’une manière intéressante, il a été démontré que la P-gp peut limiter la biodisponibilité orale du THC chez la souris. Plus encore, un polymorphisme fonctionnel du gène codant pour cette protéine a été rapporté comme significativement associé à la dépendance au cannabis chez un groupe de sujets dépendants.

 

Nous explorons dans le travail présent la variation des taux sanguins du THC et de ses deux métabolites en lien avec le polymorphisme fonctionnel du gène codant pour la P-gP dans une population de sujets grands consommateurs et dépendants au cannabis (39 individus). Nos données indiquent que les individus porteurs d’un allèle T avaient significativement des concentrations plasmatiques de cannabinoïdes plus faibles. Hypothétiquement, des variations rapides du flux des cannabinoïdes dans l’organisme après son absorption pourraient affecter la biodisponibilité du THC qui mimerait par cette cinétique rapide l’action des psychostimulants. Ces données pharmacogénétiques sont discutées à la lumière de l’hypothèse de l’importance des différences inter-individuelles dans la vulnérabilité face au cannabis.

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