Caractéristiques structurelles des paris sportifs à cote fixe

Jeux de hasard et d'argent
Addiction Jeux de hasard et d'argent - Caractéristiques structurelles des paris sportifs à cote fixe

Cet article paru dans « Journal of Behavioral Addictions » suscite l’intérêt en raison de sa grande valeur pédagogique. En effet, l’article a le mérite de reprendre de manière exhaustive l’ensemble des composantes structurelles des paris sportifs à cotes fixes qui pourrait être rapprochés dans leurs fonctionnement aux mécanismes des machines à sous, et qui constituerait des éléments à risque pour le développement d’une activité à risque. Le pari sportif représente l’une des formes de jeu les plus populaire aujourd’hui de jeu d’argent et de hasard, avec la plus grande croissance (taux d’évolution annuelle de 27.4% en France, chiffre tiré de l’OFDT). Cette croissance est attribuable à de nombreux facteurs (ciblage publicitaire, changement structurelle, smartphone…). Le pari sportif est une pratique qui naturellement opposée à celle des machines à sous qui est la forme de jeu la plus à risque de développement d’un trouble de l’usage du jeu de hasard et d’argent (TUJHA). En effet par opposition aux machines à sous le risque n’est pas connu, on parle d’incertitude et l’issu du pari dépend des compétences du parieur (niveau de connaissance). Pourtant certaine composante structurelle du pari sportif sont a rapprochés des machines a sous, et cela d’autant plus avec les mutations que l’on peut observer dans la pratique du pari sportif. Face à ce constat les auteurs s’attachent à décrire les composantes structurelles du pari sportif et les modifications dans les pratiques qui majorent le risque de développer un TUJHA. Une meilleure connaissance de ces différents aspects apparait essentielle que ce soit pour les thérapeutes et les patients car apporte une base solide dans la psychoéducation mais aussi dans la restructuration cognitive.

 

  1. Intervalle de paiement et fréquence de pari potentiel

 

L’intervalle de paiement représente le temps qui s’écoule entre le moment où un pari est effectué et celui où les paris gagnants sont payés. Le nombre d’opportunité de pari est le nombre de pari qui peut être réalisé sur un temps donné. L’intervalle de paiement et le nombre d’opportunité de paris on le même potentielle sur la fréquence de pari.

 

Les machine à sous peuvent délivrées un paiement immédiat car non soumis à ces contraintes physiques. Les intervalles de paiement courts sont connus pour augmenter le potentiel de préjudice car une vitesse accrue augment le potentiel de perte maximale dans un intervalle de jeu donné. Les intervalles de jeu plus courts peuvent également encourager les paris impulsifs et attirer les personnes ayant des problèmes de jeu avec des traits d’impulsivité marquées.

Concernant les paris sportifs, le nombre d’opportunité de paris est ici supérieure à celui des machines à sous puisque plusieurs paris sportifs peuvent être réalisés simultanément ce qui augmente de ce fait la fréquence de paris.

 

Les changements dans le sport et les innovations dans les produits de paris sportifs ont tous conduit à une augmentation de la fréquence potentielle des paris.

  • L’intervalle entre les différents événements sportifs a diminué et un plus grand nombre de sports étrangers sont désormais, ce qui signifie que les paris sportifs peuvent être de plus en plus effectués à tout moment de la journée. Ces changements contribuent à augmenter la fréquence potentielle des paris.
  • L’accessibilité augmenté en raison de l’avènement des jeux d’argent en ligne y compris les paris sur smartphones permettant de parier n’importe où et n’importe quand. De plus, les gains sont directement versés sur les comptes des parieurs permettant de les rejouer plus rapidement.
  • Les paris « in-play » (durant le jeu) est une forme de pari où les cotes sont mises à jour de manière dynamique au cours de l’événement. Ainsi les paris ne sont plus nécessairement réalisés avant le jeu et sur son issu, mais peuvent avoir lieu tout au long de la partie et être placés sur des évènements (exemple : qui marquera le prochain but au football).
  • Au pari « in-play » s’ajoute les « microbets » (micro-paris) pour lequel les paris sont réalisés sur des évènements dits minimes (tel que la prochaine action). Les « microbets » peuvent donc créer des intervalles de paiement aussi courts que quelques secondes.Cette fréquence de paris est plus proche de celle que l’on trouve sur les machines à sous que sur les paris sportifs traditionnels.Le microbetting représente l’aboutissement de l’évolution des paris sportifs vers une forme continue de jeu.

 

  1. Potentiel multiplicateur

 

Le potentiel multiplicateur fait référence aux paris qui peuvent être faits sur une séquence de paris, les cotes devenant plus longues à mesure que plusieurs événements sont réunis en séquence.

Dans les machines à sous, le potentiel multiplicateur pourrait être plus étroitement associé aux jackpots progressifs, qui offrent parfois des bonus importants pour certaines combinaisons rares, comme une quinte flush royale au vidéo poker. Cependant, d’autres fonctionnalités peuvent fournir des tours gratuits ou des crédits bonus, qui peuvent également augmenter les gains potentiels de n’importe quel pari.

Les paris sportifs ont toujours permis de parier sur une séquence d’événements multiples. Un pari « accumulateur » dans le football ne rapporte que sur le résultat final si plusieurs matchs de football sont prédits avec succès. Cependant, ils peuvent avoir des intervalles de paiement extrêmement longs. Des paris sportifs « accumulateurs » avec des intervalles de paiement plus courts peuvent cependant être créés par des paris combinant plusieurs aspects d’un même événement sportif. Ces paris ont été appelés paris « complexes ». De tels paris peuvent même être créés sous forme de « micro-bets ».

 

  1. Probabilité de gagner et ratio de paiement

 

La probabilité de gagner est la chance objective de gagner un pari donné, tandis que le ratio de paiement fait référence au montant total en tant que gains.

L’avantage de la maison (argent gagné par le bookmaker) est une caractéristique structurelle critique dans le jeu, car l’avantage de la maison est nécessaire pour qu’une séquence de paris au fil du temps entraîne des pertes financières pour le consommateur, qui entraînent ensuite des dommages liés au jeu. La probabilité de gagner est fonction à la fois des côtes et de l’avantage de la maison. Si l’avantage de la maison était constant sur les paris sportifs à différentes cotes, alors une comparaison des cotes serait suffisante pour dériver la probabilité relative de gain sur différents paris. Cependant, ce n’est pas le cas : l’avantage de la maison a tendance à augmenter à mesure que les cotes augmentent, comme c’est le cas pour différentes formes de jeu.

 

  1. Participation des parieurs

L’implication des parieurs fait référence au contrôle réel ou perçu que les joueurs ont sur leurs paris. Il y a un niveau naturellement plus élevé d’implication des parieurs dans les paris sportifs que dans les machines à sous, car chaque pari sportif doit être sélectionné parmi une gamme d’options disponibles. L’implication des parieurs est une caractéristique structurelle pertinente étant donné que le jeu compulsif est fréquemment associé aux distorsions cognitives dont l’illusion du contrôle. La pratique du « cash-out » augmente la aussi la participation du parieur en lui permettant de retirer son pari et d’encaisser une partie de la somme avant la fin de la partie, réduisant ainsi l’intervalle de paiement.

 

  1. Les « near-misses », ou raté de peu…

Le « near miss » est une caractéristique structurelle bien connu des machines à sous. Les « near-misses » sont connus pour augmenter la motivation à jouer et sont programmés pour apparaitre le plus souvent possible. Dans le sport ce type d’évènement peuvent naturellement se produire. Notamment quand une équipe semble gagner jusqu’à un rebondissement de dernière minute qui change l’issu du match. Les paris à accumulation, les « microbets », et les paris multiples ou encore personnalisés nécessitent eux qu’un nombre important d’évènement se produisent induisant naturellement une forte proportion de « near-miss ». De plus la pratique du « cash-out » augmente la proportion de « near-miss »

Dr Julie Giustiniani

Psychiatre addictologue au CHU de Besançon

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