Peut-on vraiment interdire le tabac à toute une génération ? C’est en tout cas le pari ambitieux lancé par Le Royaume-Uni. Le 20 avril dernier, le Parlement britannique a adopté le projet de loi interdisant aux personnes nées à partir du 1er janvier 2009 d’acheter des produits en contenant, sur tout le territoire, y compris lorsque celles-ci auront atteint la majorité.
Le pays prévoit également un renforcement des politiques publiques en matière de régulation du vapotage. Ces mesures – qui devraient normalement entrer en vigueur en 2027, après assentiment royal – s’inscrivent dans un contexte où le tabac demeure la principale cause de décès évitables en Angleterre.
En cas d’infraction, les consommateurs ne seront pas sanctionnés. En revanche, les commerçants qui enfreindraient la loi en vendant du tabac ou des produits associés, comme les feuilles à rouler, risqueront une amende équivalente à 230 euros. Pour Le Point, le professeur Amine Benyamina, chef du service de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul-Brousse et président de l’association Addictions France, analyse la portée de cette loi.
Le Point : Qu’est-ce que vous inspire la décision du Royaume-Uni d’interdire la vente de tabac aux personnes nées après 2008 ?
Amine Benyamina : Je pense qu’elle est audacieuse, très clairement, mais intéressante. Il y a une portée symbolique forte : d’emblée, on positionne une génération et une société sans tabac fumé. Je dis bien tabac fumé, parce que les Britanniques ont échappé à la lutte contre la nicotine comme seul ennemi. En France, on a encore ce débat qui n’est pas réglé.
A-t-on déjà des données ou des expériences comparables dans d’autres pays pour en mesurer l’impact ?
Pas vraiment. L’Australie est restée au milieu du gué sur son interdiction, on ne sait pas encore ce que ça donne. Il y a aussi les Maldives, mais c’est plus facile dans un archipel ou dans un pays avec un système politique différent du nôtre.
Dans quelle mesure le tabac reste-t-il aujourd’hui une substance addictive chez les adolescents et les jeunes adultes ?
Sur vingt ans, les données montrent une baisse continue, notamment en France par rapport à d’autres pays européens. C’est le fruit de plusieurs facteurs : une nouvelle génération moins attirée par le tabac, l’alcool ou le cannabis, et des politiques publiques efficaces – limitation de la présence du tabac dans l’espace public, fiscalité, etc.
Mais il reste deux points de blocage. D’une part, le tabagisme dans les populations les moins favorisées, souvent en périphérie des grandes zones urbaines. Et d’autre part, la cible que représentent les jeunes pour l’industrie de la nicotine.
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