Comment rationnaliser les indications d’hospitalisation dans les addictions ?

Application du modèle des pathologies chroniques par l’équipe d’addictologie de Bordeaux dans la revue l’Encéphale.

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La prise en charge des addictions repose sur un diagnostic des troubles de l’usage, pouvant être facilité par les critères diagnostiques opérationnels du DSM-5. Cette prise en charge repose principalement sur le suivi ambulatoire, mais peut nécessiter des séjours en hospitalisation complète. Néanmoins, il n’existe pas à ce jour de consensus clair sur les indications d’hospitalisation pour addiction. En se basant sur le modèle des maladies chroniques, l’équipe universitaire de Bordeaux a réalisé une étude de « validité apparente », pour mieux définir les indications d’hospitalisation des patients avec trouble de l’usage de substances.

L’analyse a suivi 3 étapes successives, en utilisant le raisonnement suivant : si l’addiction peut être considérée comme une maladie chronique alors les indications classiques d’hospitalisation pour maladie chronique pourraient s’adapter aux patients avec addiction. Dans un premier temps, une analyse syntaxique de la définition de l’addiction a consisté à vérifier l’hypothèse du sous-ensemble « addiction » comme faisant partie de l’ensemble « maladie chronique ». L’analyse de maladies chroniques dans plusieurs disciplines a permis d’identifier les indications d’hospitalisations génériques. Dans un troisième temps, ces indications ont été comparées à des situations en soin addictologique qui ont été évaluées par consensus d’experts selon la méthode Delphi.

L’analyse des catégories sémantiques selon un diagramme de Venn a permis de déduire qu’envisager l’addiction comme une pathologie chronique était un modèle valide. La revue des guides « parcours de soins » HAS pour les pathologies chroniques a permis de retenir 7 indications d’hospitalisations génériques. A partir de ces indications génériques, 15 indications addictologiques ont été définies afin de les soumettre à l’analyse des experts.

Le consensus obtenu a retenu 14 indications d’hospitalisation :

1) un craving intense et non contrôlable malgré un suivi ambulatoire adapté,

2) une perte de contrôle de l’usage grave et importante,

3 et 4) une situation de gravité clinique somatique liée à l’intoxication aiguë ou chronique,

5) un risque suicidaire trop élevé pour être suivi en ambulatoire,

6) un symptôme psychique aigu lié au sevrage d’une substance psychoactive,

7) la nécessité d’introduire un traitement spécifiquement hospitalier,

8) un résultat paraclinique grave lié à une complication de l’addiction,

9 et 10) une décompensation aiguë d’une comorbidité somatique ou psychiatrique non lié une substance psychoactive,

11) une difficulté diagnostique malgré un suivi ambulatoire adapté,

12) un isolement et/ou une problématique sociale trop importantes,

13) des troubles cognitifs liés à l’intoxication chronique empêchant le suivi ambulatoire, 

14) un symptôme psychiatrique intense lié à l’intoxication aiguë ou chronique.

L’hospitalisation d’un patient avec addiction intervient au moment d’une décompensation aiguë dont le traitement ambulatoire est insuffisant. La décompensation est définie comme une rupture brusque de l’homéostasie d’une fonction. Ces indications doivent permettre de cibler l’objectif thérapeutique de l’hospitalisation. À ce titre, la notion d’hospitalisation pour renforcement de la motivation n’est pas retenue comme indication. Cette limitation a aussi pour but de limiter les effets indésirables de l’hospitalisation dans le parcours de soins : rupture dans le suivi ambulatoire induit par l’hospitalisation, méconnaissance en addictologie des services de soins non spécialisés dans cette discipline et l’hospitalisation comme facteur de risque d’une nouvelle hospitalisation.

La conceptualisation de l’addiction en tant que maladie chronique a permis aux auteurs d’identifier 14 indications d’hospitalisation d’une personne avec addiction et définit une distinction claire par rapport au suivi ambulatoire de long terme. Ces indications pourront aider les professionnels de santé à améliorer l’accompagnement des patients avec addiction.

Par Dr Quentin PILETTE – Interne en psychiatrie à Lyon

Relecture : Pr Benjamin ROLLAND, Lyon

Article original 

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