Derrière la fumée du cannabis : campagne de prévention ou communication gouvernementale ?

Par Bernard Basset, président d’Association Addictions France et vice-président d’Addict’Aide

Cannabis

Le gouvernement a lancé le 22 Août 2021 une campagne pour « sensibiliser sur les risques du cannabis » [1], alors qu’une mission parlementaire au printemps dernier s’était prononcée pour une légalisation encadrée du cannabis devant l’échec de la prohibition depuis 50 ans. Cette campagne, lancée dans une période pré-électorale pour désigner le prochain président de la République, n’échappe pas au mélange des genres entre prévention, choix politiques et valorisation de l’action du gouvernement. 

D’emblée, pour situer les enjeux, l’annonce gouvernementale énonce que « le cannabis est la drogue la plus consommée ». Sans nier le haut niveau de consommation de ce produit stupéfiant, cette affirmation est inexacte car, dans notre pays, la substance psychoactive la plus consommée est l’alcool, devant le tabac, et troisièmement le cannabis. Mais pendant tout le quinquennat, le gouvernement a peiné à reconnaitre que l’alcool est bien une « drogue », même si elle est légale, malgré l’importance de ses conséquences sanitaires et son coût social. Donc, pour ménager le secteur viti-vinicole, la campagne se place sous le signe d’une affirmation fausse, ou largement biaisée, car le cannabis est la drogue illicite la plus consommée, derrière les drogues légales dont les risques sont bien plus importants. 

La campagne se propose de dévoiler la réalité des risques, les effets néfastes du cannabis, « derrière la fumée » pour donner à entendre par cette formule accrocheuse que les risques seraient sinon cachés, du moins banalisés. Le gouvernement annonce des « chiffres à l’appui » pour valoriser la mobilisation de l’Etat. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement a ciblé trois thèmes : le décrochage scolaire, les accidents domestiques (ingestion accidentelle de cannabis par des enfants) et l’insécurité (morts violentes liées au trafic), qui seront suivis par une campagne de prévention avec Santé publique France pour « décrocher du cannabis ». 

La consommation de cannabis n’est certainement pas favorable à la réussite scolaire et, comme tout produit psychoactif (l’alcool par exemple), sa consommation est déconseillée pendant la période de maturation du cerveau qui s’achève vers 25 ans. Mais pour autant, le problème du décrochage scolaire est moins simple que la vision mécaniste qui nous est proposée.

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