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Dopage cognitif et jeu d’échecs : les résultats instructifs d’une étude publiée dans European Neuropsychopharmacology.

Aujourd’hui, le moindre ordinateur de poche est plus fort que le champion du monde, et les cas de triche se multiplient dans les compétitions d’échecs. Pourtant, si le risque a été réglementairement anticipé par la Fédération Internationale des Echecs, le problème du dopage n’a jamais été particulièrement prégnant dans ce sport.

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Addiction Autres drogues - Dopage cognitif et jeu d’échecs : les résultats instructifs d’une étude publiée dans European Neuropsychopharmacology.

Le Jeu d’échecs, « Jeu des Rois et Roi des Jeux », fait régulièrement l’objet d’études neuroscientifiques autour de la planification des tâches et la compréhension des stratégies cognitives élaborées par le cerveau. Dans les années 1990, les affrontements homme-machine entre Gary Kasparov, le champion du monde de l’époque, et le programme Deep Blue, avait défrayé la chronique. Aujourd’hui, le moindre ordinateur de poche est plus fort que le champion du monde, et les cas de triche se multiplient dans les compétitions d’échecs. Pourtant, si le risque a été réglementairement anticipé par la Fédération Internationale des Echecs, le problème du dopage n’a jamais été particulièrement prégnant dans ce sport.

En théorie, les « cognitive enhancers » pourraient aider les joueurs d’échecs à mieux calculer, à mieux planifier, et donc à mieux jouer. Pourtant, on a longtemps considéré que prendre des substances psychostimulantes pour mieux jouer aux échecs serait contre-productif, car le gain en terme de capacités cognitives serait plus faible que la perte de concentration induite par la drogue ingérée. C’est en tout cas le présupposé qui existait avant les résultats de cette étude allemande, publiée dans European Neuropsychopharmacology, qui est une importante revue internationale de pharmacologie.

Les auteurs ont testé, chez 39 joueurs de niveau moyen de club (ELO moyen = 1600), trois substances psychostimulantes d’action différente, à savoir la caféine, le modafinil, et le méthylphénidate, par comparaison intra-sujet avec un placebo. Les joueurs réalisaient une série de 20 parties rapides (15 minutes maximum par joueur) contre un ordinateur calibré pour être sensiblement du même niveau qu’eux (donc le résultat attendu était de 50%).

Alors que la caféine est censée être un stimulant « mineur », les deux autres substances actives testées dans cette étude sont des dérivés amphétaminiques, et sont donc plutôt à ranger dans les psychostimulants dits « majeurs », même s’ils étaient administrés ici à des doses limitées. En résumé, les auteurs ont retrouvé que le modafinil et le méthylphénidate amenaient tout deux à de meilleurs résultats par rapport au placebo, résultat non retrouvé pour la caféine même si une tendance était constatée. Ce résultat global n’était toutefois obtenu qu’après élimination des parties perdues au temps, ce qui a une importance pour l’interprétation des résultats. Par ailleurs, et c’est aussi important, les auteurs montrent que les trois substances augmentent significativement le temps de réflexion entre chaque coup. D’ailleurs, les joueurs perdaient plus souvent au temps lorsqu’ils étaient sous substance.

Les amphétaminiques pourraient-ils donc améliorer les performances des joueurs d’échecs et ainsi aboutir à des risques de dopage ? Ce n’est pas la conclusion des auteurs. En effet, ces derniers constatent que, si les joueurs sous stimulants gagnent plus de parties non perdues au temps, ils en perdent également davantage au temps, ce qui amène à un gain en résultats quasi-nul puisque l’augmentation globale en termes de parties gagnées est inférieure à 5%. Toutefois, cette étude a porté sur des parties rapides, type de parties pour lesquelles le temps a une importance énorme, et le risque de perdre au temps est très présent. Il serait très intéressant de savoir ce que ces substances apportent dans le cadre des parties de compétitions les plus fréquentes, celles dites « à cadence lente », où le risque de perdre au temps est beaucoup plus restreint.

A lire également sur cet article un billet de Pierre Barthélémy, chroniqueur au journal Le Monde : http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2017/03/22/aux-echecs-peut-on-se-doper/

 

 

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