Existe-t-il vraiment un «cannabis légal» en France?

Le CBD, l’un des composés du chanvre, arrive dans les débits de tabac. Arc-bouté sur son refus de libéraliser la consommation de cannabis, le gouvernement apparaît comme dépassé par le sujet.

Cannabis

À la lisière de l’illicite, il est un phénomène inédit dont la chronique est fidèlement tenue par le site des buralistes. On l’observe depuis peu à Paris comme dans de nombreuses villes, petites ou grandes, du pays.

Prenons le cas rapporté le 9 juin par L’Est Républicain. À Montbéliard, Le Royal est le premier bureau de tabac-presse «équipé d’un rayon de produits dérivés du chanvre». Ces derniers, explique-t-on, répondent à la réglementation en vigueur concernant ce type de produit naturel –d’où l’appellation parfois entendue de «cannabis légal».

«Il n’y a pas d’effet psychotrope à ce taux, assure le quotidien régional. Les experts en pharmacodépendance appellent toutefois à la prudence, jugeant qu’il n’y a pas assez de recul par rapport à ce type de produits. Toujours est-il que ce dispositif réglementaire, qui pourrait évoluer dans un avenir proche, permet de commercialiser ces dérivés du chanvre sous forme de tisane, cristaux, huiles et autres liquides pour cigarette électronique.»

Enjeu économique

Le Royal de Montbéliard distribue ce type de produits sous la marque BuralZen. «Une marque distribuée à l’échelle nationale dans le seul réseau des dépôts de tabac-presse», précise-t-on. Le sachet de plantes à infuser de trois grammes est vendu au prix de 29,90 euros. Chacun des produits proposés est accompagné d’un rapport d’analyse réalisé par un laboratoire indépendant, garantissant en particulier la teneur en THC dans les limites prévues par la loi. Les plants de chanvre sont cultivés en Suisse, puis les dérivés sont envoyés chez un importateur en Lozère.

Le même phénomène vient de toucher Dijon, comme le rapporte Le Bien Public. Au Petit Cîteaux, on trouve du cannabidiol (CBD) en liquide pour vapoteuse ou en sachet de fleurs de chanvre. D’autres buralistes de la ville suivent. Et s’expliquent: « C’est simple, Macron nous a dit de nous diversifier… Eh bien voilà, je me diversifie. […] Je me suis donc lancée, avec le liquide pour cigarette électronique. J’étais obligée et je ne le regrette pas. Concernant le CBD, j’ai des clients qui m’en achètent pour arrêter de fumer des pétards, pour retrouver le goût sans avoir les effets négatifs. Cela détend, soulage et, surtout, c’est légal! Notre marge est bien plus grande sur ces produits que sur un paquet de cigarettes, où l’on gagne maximum entre vingt et trente centimes. Avec le CBD, c’est nous qui fixons les prix».

À l’origine de cette vague montante, l’association Buralistes en colère. La Confédération des buralistes de France a certes mis en place un groupe de réflexion sur les produits dérivés du chanvre, mais cette association a anticipé avec la marque BuralZen.