Fumer un joint est presque devenu un acte banal, mais n’est pas sans danger

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Addiction Cannabis - Fumer un joint est presque devenu un acte banal, mais n’est pas sans danger

Une étude française, effectuée auprès des treize Centres d’Évaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance – Addictovigilance (CEIP-A) implantés dans les CHU, et accepté en février 2021 (Bouquet et coll, British Journal of Clinical Pharmacology), fait état des effets secondaires observés chez les consommateurs de cannabis.

            Ce travail, réalisé à la demande de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) et coordonné par le CEIP-A de Poitiers, ne concerne que les cas de consommation de cannabis à visée récréative associée au tabac et à l’alcool. Toute utilisation du cannabidiol (CBD) et des cannabinoïdes de synthèse n’est donc pas prise en compte.

            Cette étude, menée de 2012 à 2017, a permis d’inclure 2217 patients. Le cannabis est dans la grande majorité des cas pris sous forme de joints, mais des cas de consommation par voie orale sont également rapportés dans 5 % des cas, particulièrement sous forme de « space cake ». Les hommes représentent les ¾ des cas et la tranche d’âge 18-34 ans est la plus représentée. Les effets secondaires sont majoritairement observés (deux cas sur trois) en cas de consommation chronique.

            Les effets psychiatriques arrivent en tête des effets indésirables (plus d’un cas sur deux), incluant surtout une dépendance, mais aussi des désordres psychotiques, tels qu’une perte de contact avec la réalité, une dépression ou des idées suicidaires. Les auteurs soulignent l’aspect préoccupant de cette dépendance qui a doublé entre 2012 et 2017, et de toutes les conséquences que cela implique, parallèlement aux concentrations en principe actif, le THC (Δ-9-tétrahydrocannabinol) qui sont de plus en plus importantes dans les échantillons de cannabis.

            Arrivent ensuite les effets neurologiques (15 % des cas), avec les troubles de mémoire et les désordres cognitifs. A noter que des accidents vasculaires cérébraux (AVC) surtout ischémiques, sont observés principalement chez les consommateurs chroniques plus âgés.

            L’étude mentionne également des effets cardiaques tels que tachycardie, palpitations, mais aussi infarctus, surtout chez les utilisateurs chroniques.

            De plus, une pathologie a émergé pendant la période de l’enquête et est en augmentation : il s’agit du syndrome d’hyperémèse cannabinoïde, caractérisé par des douleurs abdominales associées à des nausées et vomissements, uniquement soulagées par des douches ou bains d’eau chaude et qui se manifestent chez les consommateurs chroniques et jeunes. Une étude clinique, menée par le CHU de Poitiers, débutera en juin 2021 et permettra de préciser l’origine et les mécanismes de cette pathologie.

            Notons également trois cas de malformations congénitales (atteintes cardiaques, rénales ou intestinales) possiblement liés à la consommation de cannabis chez la femme enceinte. Enfin, sept cas de décès imputables au cannabis sont à déplorer dans cette étude, principalement dus à des causes cardiovasculaires.

            Ce travail portant sur les données récoltées au niveau national sur une période de six ans, met donc en évidence de nombreux effets indésirables : du « bad trip » bien connu, aux effets neuro-psychiatriques et cardiaques, ainsi qu’à l’émergence du syndrome cannabinoïde, nécessitant dans la plupart des cas une admission dans les services des urgences hospitalières. De plus, il faut toujours garder à l’esprit que sa consommation récréative peut entraîner des décès.

            Pour conclure, le cannabis est le produit psycho-actif illégal le plus expérimenté et consommé actuellement en France. Compte-tenu de l’augmentation en THC dans les échantillons de cannabis, les conséquences sanitaires à long terme risquent de devenir comparables à celles du tabagisme, auquel il est souvent associé.

Par Emilie Bouquet et Stéphanie Pain 

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