La pornographie chez l’adulte ne rend pas addict. Elle peut le devenir chez une personne présentant une vulnérabilité à l’addiction !
Notre expert, le Pr Laurent Karila, psychiatre addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP), apporte des éclairages sur un sujet encore tabou et stigmatisé : l’usage problématique de la pornographie (UPP). Pour mieux comprendre ce trouble, 3 clés :
De quoi parle-t-on exactement ?
L’addiction à la pornographie n’est pas un diagnostic officiel. On parle plutôt de trouble comportemental sexuel compulsif, dont la forme clinique est l’usage problématique de la pornographie (UPP). Un trouble souvent « polythématique » et défini par l’Organisation mondiale de la Santé (CIM-11).
L’addiction est d’abord sexuelle et globale (webcams, réseaux, achats de contenus…), la pornographie n’est qu’une facette de ce spectre.
Repérer les signaux d’alerte
2 outils concrets développés par le Pr Laurent Karila :
Les C : perte de Contrôle, comportement Compulsif, Craving (envie irrépressible), usage Chronique, Conséquences négatives sur la santé ou la vie de couple, durant au moins 12 mois.
Le questionnaire PEACCE : outil de repérage rapide en 6 questions (oui/non) accessible en ligne. Score > ou = à 3 : 1er signal qui doit pousser à consulter.
Sinon, utiliser les critères du trouble comportemental sexuel compulsif définis par la CIM-11 peut aider.
Cliniquement, l’UPP se traduit par une escalade quantitative et qualitative (recherche de genres plus stimulants), le porno-jumping (surf entre les onglets), le edging (retarder l’orgasme)… au détriment de relations sexuelles réelles avec un conjoint.
Comment s’en libérer ?
L’abstinence totale n’est pas visée, l’objectif est de restaurer un contrôle durable, de réduire les risques, de retrouver une sexualité choisie et épanouie.
La prise en charge : un véritable puzzle thérapeutique individualisé
- La TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale) : identifier les déclencheurs, gérer le craving, éviter les situations à risque.
- Traitement des comorbidités : il est fréquent que ce trouble soit lié à de l’anxiété, une dépression, un TDAH ou d’autres addictions.
- Soutien global : thérapie de couple, accompagnement médical (antidépresseurs hors AMM si besoin), groupes d’auto-support Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes