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L’altération du rythme veille-sommeil chez les adolescents augmente le risque d’addiction : oui, mais pourquoi ?

L’adolescence est une période clé de la vie pendant laquelle l’initiation des consommations de substances est fréquente. On sait désormais que la précocité de la première consommation et le type de consommation à l’adolescence sont les principaux facteurs de risque de trouble addictif ultérieur, ce qui implique de considérer avec attention cette période de la vie lorsqu’on s’intéresse aux addictions.

Parmi les nombreux facteurs impliqués dans la genèse d’une addiction, la régulation du sommeil (qui fait référence à la régulation des rythmes circadiens) en est un des principaux. Le rythme veille-sommeil se consolide principalement au moment de l’adolescence, ce qui coïncide avec la période de vulnérabilité aux addictions. Plusieurs auteurs ont ainsi proposé qu’une modification du rythme veille – sommeil soit directement associé à ce sur-risque d’addiction.

Dans cet article de revue de la littérature, ces auteurs s’appuient sur les travaux neurobiologiques les plus récents (à la fois chez l’homme et chez l’animal) pour détailler comment les modifications des rythmes circadiens dès l’adolescence peuvent induire un sur-risque ultérieur d’addiction. Ils exposent ainsi les mécanismes neurobiologiques expliquant ce sur-risque.

Plusieurs hypothèses sont ainsi proposées. Tout d’abord, l’adolescence correspond à une période de changements biologiques et sociaux/environnementaux qui exposent à un risque de dette de sommeil. La régulation du rythme veille-sommeil se modifie, avec une plus grande sensibilité aux effets de la lumière sur ce rythme, et un chronotype vespéral plus fréquent. L’adolescence est aussi une période de la vie au cours de laquelle les cours débutent plus tôt. L’adolescence expose également à une utilisation nocturne des smartphones ou tablettes numériques, notamment avant de se coucher (lumière bleue), et ceci peut induire des troubles du sommeil et une modification des rythmes circadiens (« social jet lag »). Des facteurs sociaux sont également impliqués (l’adolescent devient adulte et se conforme aux normes sociales de son groupe de pairs).

Afin de faire face à la fatigue induite par ces changements, les adolescents consomment fréquemment des boissons énergisantes, stimulantes et riches en caféine, ce qui va aggraver ces troubles du sommeil. La dette de sommeil chronique et l’altération des rythmes circadiens vont alors majorer l’impulsivité et la sensibilité à la récompense, ce qui augmente alors la propension de l’adolescent à s’engager dans des conduits à risque et exacerbe le risque de consommer des substances et de développer une addiction à ces substances.

L’intérêt de ce travail est de mettre en évidence ce lien (méconnu) entre troubles du sommeil / altération du rythme veille-sommeil et risque ultérieur d’addiction, et d’en détailler les mécanismes neurobiologiques sous-jacents. Ces mécanismes incluent la participation des zones habituellement impliquées dans les addictions : diminution de l’activité du cortex préfrontal, activation du striatum ventral, et activation de l’aire tegmentale ventrale avec ses projections dopaminergiques.

Ce travail suggère ainsi qu’une préservation précoce de la qualité du rythme veille-sommeil est fondamentale pour diminuer le risque ultérieur d’addiction, notamment parce que cela préserve les circuits neurobiologiques classiquement impliqués dans les addictions.

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