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Les analogues de synthèse de la kétamine

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Les analogues de synthèse de la kétamine

Les analogues de la kétamine sont des substances dissociatives émergentes, structurellement apparentées à la kétamine et de plus en plus détectées à travers le monde. L’étude récemment publiée par l’équipe de Marseille  visait à caractériser, à partir des données nationales d’Addictovigilance,  les modes de consommation, les profils des consommateurs et les conséquences sanitaires de la consommation de ces analogues de synthèse.

Les cas impliquant des analogues de la kétamine signalés au jusqu’au 31 décembre 2024 ont été analysés. Les substances étudiées comprenaient la 2-fluorodeschlorokétamine (2-FDCK), la deschlorokétamine (DCK), la N-éthyl-deschlorokétamine (O-PCE), la fluorexétamine (FXE) et l’hydroxétamine (HXE). Cette analyse de  cas a été complétés par l’analyse du registre DRAMES (décès liés aux drogues avec analyse toxicologique post-mortem).

Caractéristiques des consommateurs et modes de consommation

Cinquante-six cas ont été identifiés entre 2017 et 2024, impliquant principalement la 2-FDCK (52 %) et l’O-PCE (38 %). La plupart des consommateurs étaient des hommes (93 %), dont l’âge moyen était de 32,1 ans (intervalle : 17–57).  Lorsque le mode d’administration était précisé, l’inhalation (n = 9, 16 %) et l’ingestion par voie orale (n = 5, 9 %) étaient les plus courantes. Internet était la source d’approvisionnement la plus fréquemment citée. La polyconsommation était courante, avec 46 cas (82 %) impliquant la consommation simultanée d’au moins une autre substance psychoactive, le plus souvent des cathinones synthétiques ou d’autres nouvelles substances psychoactives.

Conséquences sanitaires et effets ressentis

Les effets indésirables neurologiques et psychiatriques ont été les plus fréquemment signalés. Des états dissociatifs ont été observés dans 36 cas (64 %), accompagnés de troubles vestibulaires (n = 9, 16 %) et d’une paralysie transitoire (n = 6, 11 %). Une agitation a été signalée dans 14 cas (25 %), un délire dans 10 cas (18 %) et des hallucinations dans 9 cas (16 %).

Une anxiété aiguë a été signalée dans 12 cas (21 %). Une envie irrépressible et une perte de contrôle de la consommation ont été signalées dans 4 cas (7 %). Une altération de l’état de conscience a été observée chez 14 patients (25 %), dont 9 cas de coma (16 %).

Une personne a développé une insuffisance rénale aiguë après avoir consommé de l’O-PCE en association avec d’autres substances, tandis qu’une autre a signalé une pollakiurie, que le patient attribuait à la consommation de FXE. Au total, 34 cas (61 %) ont été classés comme graves, dont six cas non mortels présentant des états mettant la vie en danger et/ou nécessitant des soins intensifs (11 %), ainsi que six décès (11 %). Tous les cas mortels se sont produits en dehors du milieu hospitalier, les personnes ayant été retrouvées décédées à leur domicile.

Profils d’utilisateurs identifiés

Quatre profils d’utilisateurs ont été identifiés grâce à une analyse qualitative  des récits de cas :

  • les expérimentateurs récréatifs,
  • les personnes pratiquant l’automédication (recherche d’un effet anxiolytique, antidépresseur, ou d’une aide au sevrage alocoolique),
  • les consommateurs réguliers
  • les personnes exposées involontairement à des substances frelatées ou substituées (par exemple, vendues comme des cathinones synthétiques, de la cocaïne ou de la kétamine).

Conclusion et perspectives de santé publique

La consommation d’analogues de la kétamine est en augmentation en France, comme ailleurs dans le monde. Ces substances présentent des risques sanitaires importants, pouvant différer de ceux de la kétamine ou les dépasser. Un renforcement de la surveillance, une amélioration des techniques de détection analytique et des stratégies ciblées de réduction des risques sont nécessaires pour atténuer leur impact sur la santé publique.

Mezaache S, Pochard L, Peyrière H, Fouilhé Sam-Laï N, Micallef J. Emerging new psychoactive ketamine analogues: patterns of use and health risks identified by the French Addictovigilance Network. Int J Drug Policy. 2026 Jul;153:105326. doi: 10.1016/j.drugpo.2026.105326.

Par Joëlle MICALLEF et Salim MEZAACHE