THC /CBD ou conduire, il faut choisir !

Essai clinique pour comparer l’impact du THC (tétrahydrocannabinol) et du CBD (cannabidiol) vaporisés sur la conduite automobile.

Cannabis

Si l’usage du cannabis est associé à une augmentation du risque d’accidents de la route, l’effet du CBD (cannabidiol) sur la conduite n’est pas connu. Une équipe néerlandaise a donc mené un essai clinique pour comparer l’impact du THC (tétrahydrocannabinol) et du CBD sur la conduite automobile.

Pour rappel, les principaux cannabinoïdes présents et connus dans le cannabis sont le THC et le CBD. Actuellement, les produits sont soit à dominance THC pour l’effet plutôt récréatif (recherche d’euphorie, sensation temporaire de bien-être et de satisfaction…) soit à prédominance CBD pour l’aspect thérapeutique (anxiolytique, antiépileptique…), soit un mélange équivalent THC/CBD. Dans ce dernier cas, la présence du CBD a pour but de diminuer les effets négatifs du THC comme la paranoïa, l’anxiété ou les troubles cognitifs.

Des publications précédentes ont montré qu’avec le CBD, il n’y avait pas d’effet cognitif, psychomoteur ou subjectif que celui-ci soit pris par voie orale ou inhalé en vaporisation (donc sans tabac associé, sans combustion). En revanche, une sédation et une somnolence sont souvent rapportées. Les auteurs ont donc voulu connaitre l’impact du CBD sur la conduite automobile.

Pour cela, ils ont utilisé un test (l’écart type de position latérale) validé pour mesurer l’impact de l’alcool ou des drogues sur la conduite. En pratique, il s’agit d’un véhicule à double commande (comme en auto-école) et le conducteur doit conduire pendant 1 heure sur une autoroute à 95 km/h sur la file de droite (la moins rapide). Des capteurs mesurent les variations par rapport au centre de la file. Plus un produit aura d’impact sur la conduite, plus le conducteur fera des écarts de conduite en « slalomant » autour du centre de la ligne de conduite, de même pour les variations autour de la vitesse cible.

De plus, pour mesurer l’effet subjectif, les auteurs ont utilisé des échelles visuelles analogiques (effets de la drogue, plaisir et effet « stoned » ressentis, niveaux de sédation, de relaxation, d’anxiété, confiance dans la conduite) concernant l’effet de la substance mais également d’autres échelles analogiques qui concernaient la qualité ressentie de la conduite. L’anxiété était évaluée par la STAI, une échelle validée qui cote de 20 à 80 (très anxieux).

Les mesures psychomotrices et cognitives ont utilisé des programmes informatisés et standardisés de neuropsychologie.

Les volontaires devaient avoir entre 20 et 50 ans, un indice de masse corporelle entre 20 et 28 et auto déclarer une consommation de cannabis inférieure à 2 fois par semaine sur les 12 derniers mois mais plus de 10 fois au cours de leurs vies. Ils devaient être titulaire d’un permis de conduire depuis plus de 2 ans et rouler plus de 2 000 kilomètres par an. Tous les problèmes de santé, antécédents d’addiction, troubles psychiatriques étaient exclus.

Le protocole, en double aveugle était le suivant : 4 sessions croisées espacées d’une semaine pour laisser le temps au produit pris lors de la session précédente d’être éliminé et pour éviter toute interférence lors de la session suivante. Aucune consommation de drogue n’était autorisée pendant toute l’étude (contrôlée par test salivaire avant chaque session) et aucune consommation d’alcool dans les 24 heures qui précèdent la session (contrôlée par éthylotest). Tous les participants ont participé à une « session test » sans produit pour se familiariser avec les éléments (conduite, tests informatiques…) et diminuer le biais de découverte lors de la première session.

Les participants recevaient aléatoirement à chaque session 215 mg d’herbe contenant :

  • 13,75 mg de THC (bras THC),
  • 13,75 mg de THC et 13,75 mg de CBD (bras THC/CBD)
  • 13,75 mg de CBD (bras CBD)
  • Placebo (bras (groupe) témoin)

La vaporisation avait lieu à 200°C selon un protocole standardisé (inspirez 5 secondes, maintenez 3 secondes, expirez, et reposez-vous pendant 30 secondes ; minimum de 10 inhalations et répéter si nécessaire jusqu’à ce que la vapeur ne soit plus visible).

Chaque participant a donc réalisé 4 sessions (1/semaine) et reçu les 4 bras. Des prélèvements sanguins (via cathéter sur le bras non dominant), tensions, pouls étaient pris à 0 puis 25, 130, 200 et 320 mn post vaporisation. Les tests cognitifs étaient réalisés à 5, 135 et 205 mn post vaporisation, ceux subjectifs à 0, 25, 130, 200 et 240 mn post vaporisation. Les tests de conduite d’une heure chacun ont eu lieu entre 40 et 100 mn puis entre 240 et 300 mn.

Résultats : 26 participants ont été randomisés (16 femmes et 10 hommes, moyenne d’âge 23 ans), 22 sont allés jusqu’au bout.

Concernant le 1er test de conduite (40-100 mn) :

  • Sur les variations d’écart de conduite : elles sont significativement plus importantes sous THC que versus placebo, idem sous THC/CBD. En revanche, ce n’est pas le cas pour le CBD versus placebo. Il n’y a pas de différence THC/CBD versus THC.
  • Sur les variations d’écart de vitesse : aucune différence significative entre les groupes.

Concernant le deuxième test (240-300 mn) :

  • Sur les variations d’écart de conduite : aucune différence significative entre les groupes.
  • Sur les variations d’écart de vitesse : aucune différence significative entre les groupes.

 

Concernant le ressenti post conduite sur leur qualité de conducteur, les participants déclaraient moins bien conduire dans les bras (groupes étudiés) THC et THC/CBD versus placebo aux deux tests. Ce n’était pas le cas pour le CBD.

Concernant le ressenti pré conduite sur leur aptitude à conduire, ils étaient moins confiants dans les bras THC et THC/CBD versus placebo, cependant, cet écart diminuait au fil du temps (significatif jusqu’à 130 min). Pas de perte de confiance dans le bras CBD. En revanche, dans le bras THC/CBD ils étaient plus confiants que versus THC (jusqu’à 25 mn).

Concernant les tests cognitifs, il y a une dégradation jusqu’à 135 mn pour les groupes THC et THC/CBD. A 205 mn, ce n’est plus le cas. Pour le groupe CBD versus placebo, aucune différente peu importe le temps.

En conclusion, le THC et THC/CBD induisent une modification (certes modeste ici) de la conduite sur la période 40-100 mn post vaporisation. Ce qui n’est pas le cas du CBD seul. Les études précédentes ont montré une modification de la conduite sous THC jusqu’à 3 heures post inhalation. Ici, sur le deuxième test à 4 heures post vaporisation, il n’a pas été retrouvé de modification sur la conduite, mais les participants rapportent moins bien conduire. Dans les limites de cette étude, on retrouve sa faible puissance statistique et la présence de sujets jeunes (moyenne 23 ans). Cette étude ne concerne que des sujets sains et consommateurs occasionnels de cannabis. Ils ne sont donc pas extrapolables aux gros consommateurs quotidiens. On ignore aussi l’effet lorsque les cannabinoïdes sont ingérés. Il est probable que les effets soient plus lents à apparaitre puisque la voie d’administration est moins rapide que l’inhalation/vaporisation. De même on ignore l’effet du THC et CBD aux fortes posologies. Or le CBD thérapeutique est parfois pris à forte dose. Le CBD associé au THC n’annule pas les effets négatifs du THC sur la conduite. Quoi qu’il en soit, cette étude est rassurante sur les capacités à conduire après une consommation vaporisée de CBD seul.

Par Mathieu Chappuy

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