Bande dessinée / Les Noctambules de Pauline Perrolet

29 mars 2018

Addiction  - Bande dessinée / Les Noctambules  de Pauline Perrolet

 

Cette bande dessinée, sous-titrée De l’autre côté du bar et publiée aux Editions Delcourt, propose un dessin assez naïf en contraste avec le récit qui est loin de l’être. Pauline Perrolet a travaillé pendant deux ans comme barmaid dans un fameux bar branché de Bruxelles, le Bonne Heure, bar de nuit ouvert jusqu’à huit heures du matin, et qui accueille tous les noctambules prêts à passer une bonne partie de la nuit à se faire plaisir…

Le récit est autobiographique, et nous raconte le quotidien et l’environnement d’une barmaid et de son entourage professionnel. Luigi, Mario, Stanley, Carlos, Gaëtan, Katrine et Javier accompagnent Pauline tout au long d’un récit qui ressemble plus à une étude sociologique qu’à un roman. Pauline a tout simplement des choses à nous raconter sur cette expérience de vie, qui visiblement l’a marquée. Beaucoup de vie justement dans ce bar de nuit, avec les envies et besoins de chacun, de chaque côté du bar, de la vivre intensément. Mais l’excitation du début laisse place petit à petit pour Pauline à la fatigue extrême, et au ras le bol… Heureusement l’amitié et l’amour réussiront à se faire petit à petit une place de choix…

Même si les personnages sont représentés par des animaux, il ne s’agit pas d’un conte pour endormir les enfants, mais plutôt d’une histoire pour tenir les adultes éveillés toute une nuit. Car il s’agit bien de cela pour Pauline, dite Popol, tenir toute la nuit pour supporter la fatigue engendrée par un travail harassant au contact d’une population nocturne pas toujours de bonne composition. Tout est bon donc pour tenir le choc : une bonne dose d’abnégation et quelques doses de psychotropes de toutes sortes, à disposition visiblement aussi bien devant que derrière le comptoir.

Si Pauline s’est retrouvée à travailler derrière un bar, ce n’est pas pour réaliser une enquête sociologique sur ce microcosme, même si le résultat y ressemble, mais simplement pour gagner sa vie. Le boulot sera épuisant, mal payé, la patronne est un requin, Pauline le savait avant de commencer, mais un argument de poids a suffi à faire pencher la balance vers l’acceptation du poste : l’autorisation d’être soûle au travail.

L’alcool est loin d’être le seul psychotrope à accompagner la nuit, même si c’est bien entendu le plus consommé. Ce sont plus de cinq cents verres servis toutes les nuits par Popol durant dix heures d’affilée à des clients qui agitent les bras dans un espace sonore assourdissant. Mais MDMA, coke, speed, LSD, comprimés d’ecstasy, sont aussi de la partie. Tout s’achète et tout se vend au Bon Heure nous raconte Pauline. Et ça vaut aussi bien pour les clients que pour le personnel. La dessinatrice nous le dit dès le début : « Il existe de nombreux clichés sur le monde de la nuit… Je vais vous mettre à l’aise tout de suite : ils sont pratiquement tous vrais. » Nous voilà prévenus, mais peu surpris finalement par la suite du récit tant les usages sont présentés comme évidents étant donné le contexte.

Entre consommation plaisir, défonce, conviviale, dopante, ou réparatrice, difficile ici de faire la différence tant les produits consommés au Bonne heure, par Pauline et ses collègues toute la nuit, sont présents à toutes les sauces, sans réelle distinction d’usage et d’effets. De plus, ce sont les mêmes que ceux consommés en dehors du travail quand tout ce petit monde se retrouve pour décompresser quand il ne dort pas. Pour la récupération, on ne peut compter que sur des périodes de sommeil en journée qui ressemblent plus à des siestes qu’à des grasses matinées.

La réduction des risques et des dommages en milieu festif n’a, semble t’il, pas droit au chapitre dans cet univers où la charge de travail et l’urgence de décompresser et de récupérer ne laissent entrevoir pour Pauline, qu’un seul échappatoire, celui de fuir loin. Trop, c’est trop. Sa bonne santé physique et psychologique semble en jeu…

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