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Cinéma / “Chouf“ de Karim Dridi

  “Chouf“, qui signifie “regarde“ en arabe, mais désigne aussi les guetteurs dans une zone de trafic, est un film (sur les écrans le 05 octobre 2016) qui nous propose d’aller voir de plus près ce qui se passe au cœur d’une cité des quartiers nord de Marseille, la Cité de la Busserine. Sofian, qui termine ses études de commerce…

Addiction  - Cinéma / “Chouf“ de Karim Dridi

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“Chouf“, qui signifie “regarde“ en arabe, mais désigne aussi les guetteurs dans une zone de trafic, est un film (sur les écrans le 05 octobre 2016) qui nous propose d’aller voir de plus près ce qui se passe au cœur d’une cité des quartiers nord de Marseille, la Cité de la Busserine.

Sofian, qui termine ses études de commerce à Lyon, revient dans sa famille pour les vacances et y est accueilli avec beaucoup de bonheur et de fierté. Son grand frère Slim, dont il est très proche, vit lui du trafic de cannabis mais compte bien arrêter après avoir amasser suffisamment d’argent pour monter un business légal. Pour le père de Slim et Sofian, “la route est droite“ et ne doit pas laisser de place aux petits arrangements. Pour les deux frères et leur entourage amical, le parcours sera plus sinueux… Malheureusement, au début du film, Slim est tué dans un règlement de compte au pied de l‘immeuble. Sofian a besoin de comprendre ce qu’il s’est passé pour faire son deuil et décide d’abandonner ses études au pied du diplôme pour venger son frère aîné. Au grand désespoir de son entourage familial et sentimental, il se rapproche de ses amis d’enfance du quartier pour essayer d’en savoir plus et atteindre le meurtrier de son frère, dont il ne découvrira la véritable identité qu’à la fin. Il finit par se faire embaucher et intègre au bas de l’échelle le réseau de trafic de cannabis. Même s’il dénote un peu dans ce milieu, que ses amis le charrient souvent, et qu’il a du mal à supporter la violence engendrée par le trafic, ses compétences commerciales et son intelligence lui permettent de sortir son épingle du jeu…

Le réalisateur franco-tunisien Karim Dridi revendique la fiction même si elle colle de très près à la réalité en ce qui concerne les comédiens, recrutés en grande partie sur le terrain, la langue de la cité (mélange de français et d’arabe, assaisonné de mots gitans et d’expressions marseillaises), le fonctionnement du trafic, les rapports humains et les problématiques en jeu. Il ne prétend pas faire un état des lieux de la violence engendrée par le trafic à Marseille, mais reste plutôt au contact des hommes et femmes impliqués dans ce drame. Il veut nous ramener au cœur de l’humanité de ces quartiers souvent stigmatisés et associés un peu systématiquement à un nombre de décès annuel ou à une quantité de cannabis saisie, même si c’est une réalité que le film ne cache pas, bien au contraire.

Karim Dridi nous invite à nous questionner sur le déterministe social en jeu, sur les raisons pour lesquelles certains jeunes atterrissent inévitablement dans le trafic, trafic qui peut faire vivre des familles entières ou du moins les soutenir financièrement. Certains parents, comme ceux de Sofian, refusent cette fatalité et l’argent “malhonnêtement“ gagné, mais d’autres réclament leur part du gâteau.

En aucun cas l’économie souterraine que représente le trafic de cannabis est valorisée dans ce film. L’ensemble des protagonistes, parties prenantes du trafic compris, invitent Sofian à reprendre ses études et à fuir ce milieu et la Cité aux perspectives limitées. La vie et l’environnement du deal ne sont pas présentés comme un Eldorado, surtout pour les petites mains du trafic. On est loin ici pour eux des palaces et des voitures de luxe croisées dans les films à gros budget. Il est plutôt question pour les minots marseillais d’une économie de survie…

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